Adunblock, une mauvaise réponse à un problème mal posé

Du génocide de la publicité sur les internets

Amis webmasters, vous qui appuyez votre modèle économique sur la publicité, permettez-moi de vous parler de la guerre que vous déclarez aux bloqueurs de publicités, vue par l’utilisateur que je suis.

Au tout début était le popup. Idée géniale permettant d’ouvrir de nouvelles fenêtres sans action de la part de l’internaute, basée sur un nouveau langage permettant d’animer les pages web : Javascript.

Nous sommes à l’aube du XXIe siècle lorsqu’un modèle économique simple et pérenne se développe sur cette technologie. Ainsi vinrent LES popups et, histoire de surprendre les victimes internautes jusqu’au bout, les pop-unders. Fenêtres que devaient fermer les internautes (avec confirmation parfois souvent), lesquels tentèrent tant bien que mal de se défendre à l’aide d’anti-popups plus ou moins efficaces.

Le premier génocide des publicitaires et leurs affiliés débuta en 2005, avec l’arrivée conjointe d’Internet Explorer 6 SP2 et de Firefox, tout deux affublés d’un anti-popup intégré à l’efficacité redoutable. Ne souhaitant pas remettre en cause leur modèle économique, les publicitaires cherchèrent avec plus ou moins de bonheur, à contourner ces systèmes mis en place par défaut sur les nouveaux navigateurs. Et moururent. Euh ben non en fait : ils ont juste chouiné un peu sur le comportement peu civique des internautes qui allait, pour sûr, tuer le web. Et ils se sont adaptés.

Quand l’Histoire des internets a des hoquets

L’avènement de nouvelles technologies basées sur Javascript et sur le web dynamique (à l’aide de l’évolution de HTML, CSS, Javascript, les requêtes « AJAX », Flash, et leur support par les navigateurs) et la généralisation de l’ADSL, permettait déjà aux régies de pub  d’afficher du contenu dynamique à même la page, parfois en surimpression du site visité, avec machins multimédia particulièrement pénibles. Parmi mes préférés, il y a la vidéo qui démarre automatiquement en faisant un barrouf de tous les diables sans prévenir, situation d’autant plus drôle lorsqu’elle émane d’un des 18 onglets ouverts, si possible au boulot.

C’est l’agressivité même envers l’internaute, la même qui a généralisé l’emploi des anti-popups, qui est à l’origine de l’avènement des bloqueurs de publicités et autres contenus flash, pas la publicité en elle-même à laquelle tout un chacun est habitué sur d’autres supports. Le succès des systèmes anti-pub auprès des internautes est du seul fait de ceux qui, par leurs abus répétés, ont contraint les gens à se défendre.

De l’inutilité de résister

L’inutile riposte des webmasters se multiplie ces derniers temps : messages d’avertissement, blocage du site, on sent la tension monter, mais aussi la course à l’armement s’accélérer : Adblock engendre une série de répliques telles qu’Adunblock qui affiche un message ou bloque l’accès au site, d’autres systèmes redirigent l’internaute vers une page éducative. Ces systèmes sont contrés sans difficulté par une multitudes de greffons tels Request Policy qui interdit les requêtes vers des sites tiers, ou par stylish qui, par le biais d’une modification des styles, permet de cacher certains éléments d’une page. Une dernière astuce consiste à faire passer son navigateur pour un bot.

empécher l'affichage de adunblock
« Stylish »  permet de modifier les styles CSS des sites. Ici, la fenêtre modale d’avertissement est rendue semi-transparente.

D’autres systèmes retournent une page d’information à l’intention des internautes :

Site qui bloque les internautes utilisant Adblock : je ne le visiterai donc pas, ne pourrai pas partager des liens vers ses articles.
notre-planete.info bloque les internautes utilisant Adblock : je ne le visiterai donc pas, n’en connaîtrai pas l’intérêt ni ne partagerai des liens vers ses articles : ce blocage n’offre aucune plus-value au site, tout en diminuant sa visibilité. Le contournement de protections de ce type est par ailleurs trivial.

Là où ces blocages confinent à la débilité, c’est lorsqu’ils touchent des sites de commerce en ligne : il m’est par exemple impossible de commander sur le site Eveil et jeux. S’ils ne veulent pas vendre, qui suis-je pour insister ?

Oui, mais sur mon site, la publicité affichée est « soft ». Alors, tu peux l’afficher juste pour mon site s’teuplé ?

Sauf que oui, mais non.

On parlait d’abus un peu plus haut. Ce n’est pas fini : Parallèlement à ce qui précède, les marketeux ont développé des technologies dites de « tracking » , que l’on retrouve chez les publicitaires, les sites à gros trafic comme les réseaux sociaux, ou les sites de statistiques (Google Analytics, XITI…). Ce tracking est destiné à déterminer le profil de l’internaute pour lui envoyer de la publicité ciblée : ainsi la pub affichée ne dépend plus de la thématique du site, mais bien du profil de l’internaute.

Moi, je m’en fous, je n’ai rien à cacher

Moi non plus. Mais je distingue ce que je considère comme ma sphère privée, qui ne regarde que moi ou mes proches, de ma vie publique pour laquelle j’accepte de dévoiler certains aspects de ma personnalité ou de ma vie. Facebook a toutes les chances de vous connaître, peut-être même votre visage même si vous n’y êtes pas abonné, Apple a vos empreintes digitales et Androïd devrait probablement bientôt enregistrer vos empreintes rétiniennes Ces deux dernières entreprises savent où vous étiez, quels que soit le jour ou l’heure grâce à votre téléphone. Google commercialise des lunettes connectées qui espionneront vos faits et gestes en permanence, développe actuellement des outils de diagnostics médicaux connectés, Microsoft a déposé un brevet destiné à compter les personnes qui regardent la télé par le biais de leur caméra kinect. Ajoutez-y la reconnaissance faciale déjà active chez Facebook… Tous ces outils sont capables de dresser un profil de votre santé, vos loisirs, vos penchants sexuels ou religieux.

Google, pour ne prendre que cet exemple, exploite à la fois vos recherches par le biais de son moteur, vos goûts musicaux et en matière de vidéo via Youtube et ses services de musique, vos prochains achats par le biais de son service shopping, d’adsense ou d’analytics, vos correspondants (et ce que vous leur dites) par le biais de Gmail, l’agenda ou d’autres services. Il sait où et quand vous vous déplacez, à qui vous téléphonez grâce à son système Androïd. Pour peu que vous utilisiez Chrome tellement plus rapide (essayez Firefox avec Adblock, ça revient au même), il connaît même les pages exemptes de trackers que vous visitez. Son nouveau système d’identification unique lui permet de recouper ensuite toutes ces informations : Google connaît la destination de votre prochain voyage avant même que vous n’y ayiez pensé, sait si vous trompez votre conjoint, avec qui, quand et comment. Il sait où vous travaillez et probablement dans quelle branche.

Un mien collègue s’est vu proposé « aller au travail » par le GPS de son téléphone Androïd, alors même qu’il n’avait jamais déclaré son lieu de travail sur ce dernier : sa simple position géographique corrélée à des horaires a permis aux trackers de Google de déterminer « maison » et « travail » .

Tout ça pour vendre de la publicité ciblée.

Et savez-vous ce qu’ils en font et à qui ils les revendent ? Moi non plus, et cela m’inquiète : qui vous certifie que votre profil médical ou fiscal resteront confidentiel ? Ce que vous refuseriez de donner à un État en l’estimant, à juste titre, totalitaire, vous le donnez sans vous poser de questions quant aux tenants et aboutissants aux publicitaires (et aussi à l’État étazunien).

Last but not least

Depuis que j’ai disparu des radars des publicitaires, je ne reçois plus de mails non sollicités émanant de sociétés françaises que je ne connais pas, indiquent m’écrire suite au partenariat avec je ne sais qui  et qui me demandent de me désinscrire de leur liste pour ne plus être importuné : il n’y a plus de croisement de données, donc plus de spams.

Par ailleurs, le chargement des pages web est beaucoup plus rapide une fois les requêtes expurgées de tout le superflu : c’est très sensible sur les connexions un peu lentes.

Oui mais… Beaucoup de sites vont mourir sans publicité !

Vos visiteurs sont vos produits, pas vos clients. Déclarer la guerre à ses produits n’a aucun sens. Si votre modèle économique ne fonctionne pas, il est mauvais. Vos produits ne sont pas responsables de vos choix stratégiques ni n’ont aucune obligation de télécharger l’intégralité du contenu que vous proposez sur vos pages. Ce n’est pas en les admonestant comme des gosses mal élevés que votre modèle économique deviendra meilleur.

Restent deux possibilités : ou le nombre d’internautes visitant votre site et utilisant Adblock est négligeable et il n’y a aucune raison de leur déclarer la guerre, ou ce nombre devient trop important, et il va falloir réfléchir à un nouveau modèle économique.

Soyons clair : pour la plupart des sites, il sera difficile voire impossible de transformer leurs produits en clients par le biais du modèle payant traditionnel (par abonnement mensuel ou annuel) : ce modèle convient à des sites à forte valeur ajoutée, pas à des sites dont le contenu n’est pas assez exclusif pour justifier un abonnement : l’offre est pléthorique et l’information souvent redondante, c’est le principe du web.

Je suis personnellement abonné à l’excellentissime Arrêt sur Images ainsi qu’à PCInpact pour son contenu rédactionnel et l’absence de publicités pour ses abonnés. Je tenterais bien MediaPart si la procédure de résiliation n’était pas aussi compliquée. Et ça n’ira pas beaucoup plus loin.

Une solution serait de s’orienter vers un système mutualisé de micro-paiement, lequel permettrait de laisser le choix aux internautes entre une visite gratuite avec pub ou le paiement de quelques dixièmes de centimes à quelques centimes par article ou session de xx minutes (compensant en gros, l’équivalent de l’apport publicitaire), par le biais d’un porte-monnaie électronique. Des sommes absolument indolores, prélevées plus ou moins automatiquement à partir d’un portail unique pour l’ensemble des sites concernés.

C’est, à mon sens et en l’absence de toute forme de déontologie dans le milieu publicitaire, la seule porte de sortie. Mais je peux me tromper.

Hommage à la gentillesse d’une automobiliste nancéienne

Une automobiliste entame un stationnement sur la bande cyclable au moment où j’arrive à vélo. Évidemment, je gêne sa manoeuvre : elle saura réagir avec beaucoup de tolérance à mon égard et, après une hésitation bien compréhensible, finira par aller stationner sur une place matérialisée, juste en face. Merci à elle, tous les automobilistes n’auraient pas eu autant de scrupules envers le cuistre que je suis.

Mais je pense sincèrement que cette tolérance d’usage de morceaux de bandes cyclables faite aux cyclistes par les automobilistes nancéiens ne durera pas. En attendant, nous, cyclistes, sachons remercier ceux qui font l’effort de nous laisser quelques mètres de bande cyclable ici ou là, le temps de quelques tours de roue.


Hommage aux automobilistes qui tolèrent encore les cyclistes… par zerozeroced

Les #gougnafiers et le monsieur désagréable

Comme chaque matin (ou presque), voitures sur la bande cyclable. Lassé de la médiation qui engendre insultes ou moqueries, je passe en retournant le rétroviseur (sans dégâts pour la voiture, mais ça a la particularité d’agacer le conducteur : à charge de revanche). L’insulte fuse, discussion. Enfin, tentative… Enjoy.


le monsieur désagreable qui voulait circuler à… par zerozeroced

île de Ghoramara

En passe de devenir le nouveau symbole du réchauffement climatique avec les premiers (enfin) réfugiés climatique, elle est devenue célèbre notamment grâce à une (très belle) série de portraits  du photographe coréen DaeSung Lee, lauréate du Sony World Photography Awards 2013.

Le texte accompagnant ces clichés, repris quasiment in extenso par de nombreux sites, fait état de la disparition de cette île à cause de la montée des eaux des océans due au réchauffement climatique :

L’île de Ghoramara se situe à l’Ouest du delta du Bengale. Suite au réchauffement climatique et à l’élévation du niveau de la mer qui a débuté dans les années 60, le rivage de cette île est emporté, petit à petit, à chaque marée. Depuis les années 80, c’est plus de 50% du territoire de l’île qui a disparu et 2/3 de la population qui a dû quitter l’île.

Les 2 000 habitants de l’île sont pour la plupart des paysans ou des pêcheurs. Ils dépendent pour leur subsistance des ressources de l’île. D’ici 20 à 25 ans, le gouvernement indien pourrait décréter l’abandon de l’île. Un plan d’évacuation des habitants vers l’île de Sagar est déjà prêt. Pour autant, ce plan ne prévoit aucune indemnisation qui puisse aider les habitants à refaire leur vie.

Comme je suis curieux et que tout ça me paraît un peu étrange, je me suis amusé à googler pour trouver ce qu’était cette mystérieuse île en voie de disparition à cause de la montée des eaux.

Où se situe cette île ?

Première surprise, elle ne se situe pas en mer, mais dans le delta d’un défluent du Gange, la Hooghly.

Deuxième surprise, cette île n’est pas isolée : l’île de Sagar en aval, est celle vers laquelle les habitants de Ghoramara seraient évacués : il semble pour le moins étrange qu’une île proche, donc sans doute géologiquement similaire, plus près de la mer, ne souffre pas elle aussi de l’élévation du niveau des océans.

Il est donc permis de se demander comment la montée des eaux des océans peut expliquer la disparition d’une île fluviale située en amont d’une autre île qui ne semble pas touchée par le même phénomène.

Que montrent le photos ?

Extrait d'une photo de Daesung Lee

Extrait d’une photo de Daesung Lee : érosion de l’île

Indubitablement, les photos montrent une érosion des terres, avec des traces caractéristiques que l’on retrouve sans peine dans les méandres des rivières de plaine : les terres ne semblent donc pas passer sous le niveau de l’eau, mais simplement s’éroder.

Comment expliquer cette érosion ?

Une recherche « Hooghly barrage » mène directement au barrage de Farakka, le plus gros jamais construit sur le Gange, construit dans les années 60, et qui a passablement modifié le cours et le débit du fleuve, à tel point que la salinité pose des problèmes halieutiques, et par là même, l’accès aux poissons pour la population locale.

Alors ?

Il ne semble pas totalement déraisonnable d’attribuer au moins partiellement l’érosion de l’île à la modification profonde du comportement du fleuve dont elle dépend, par la raréfaction des alluvions, la disparition des crues ou la variation du débit qui avaient contribué à créer et consolider l’île.

Le travail de Daesung Lee, ostensiblement orienté, s’appuie semble-t-il sur une source unique, Greenpeace , qui a publié un article en 2006 mentionnant pour la première fois l’érosion de Ghoramara à cause de la hausse du niveau des océans. Cet article fut suivi de plusieurs rappels au fil du temps (2010 par exemple) et par des actions du WWF dès le début des années 2010, toujours sans le succès attendu pour une telle révélation.

L’unicité même de la source et l’orientation catastrophiste de cette dernière vis à vis du réchauffement climatique, devraient inciter tout bon journaliste à prendre l’information avec précaution. Par ailleurs, même si corrélation n’est pas causalité, la concomitance de la disparition de l’île et de la construction d’un barrage en amont mérite certainement que l’on s’y attarde. Enfin, la disparition des Sundarbans (mangroves) qui ont donné leur nom à ces îles, incite à penser que  l’arrachage de ces dernières et d’autres facteurs favorisant l’érosion pourraient également expliquer l’ampleur du phénomène.

Alors, les réfugiés de Ghoramara, réfugiés climatiques ou simplement réfugiés à cause de modifications incontrôlées du bassin de la Hooghly  ?

 

Timelapse : 20 minutes de l’usage d’ une bande cyclable à Nancy

Voici ce qu’il se passe lorsqu’on laisse une caméra tourner pendant 20 minutes devant certaines bandes cyclables nancéiennes (la vidéo dure 50 secondes) :


20 minutes d’usage d’une bande cyclable à Nancy par zerozeroced

Le concept de partage de l’espace urbain semble avoir été bien compris par une frange de la population. Il ne reste plus à leur expliquer comment cela fonctionne.

Pour l’anecdote, à cet endroit alors que je passais à vélo sur la chaussée quelques minutes avant l’enregistrement, un automobiliste ouvre sa fenêtre et s’excuse en me disant « mais je reste dans la voiture, dans le cas où » . Je lui rétorque que justement, c’est le cas où car j’aimerais emprunter la bande cyclable à vélo. Fort logiquement, il me répond « ça ne servirait à rien, il y a 3 voitures devant moi » . C’était, ma foi, parfaitement exact.

Du bon usage des voies de bus multimodales cyclables

Stanway (of life)

Pourquoi créer des pistes cyclables lors de la réfection totale de la voirie en vue de créer une ligne de bus en site propre, lorsqu’on peut faire cohabiter bus et cyclistes agréablement et en toute sécurité ? Le Grand Nancy a donc choisi cette solution qui comprend de nombreux avantages (c’est moins cher par exemple, et c’est aussi meilleur marché, et puis voilà) et quelques inconvénients que je me propose d’illustrer par le biais de petites vidéos.

Aujourd’hui : comment le cycliste doit-il aborder le dépassement du Stanway (of life) ?


Nancy : Du bon usage des voies de bus… par zerozeroced

Nancy, Ma rentrée de cycliste 2013

Finies les vacances et la circulation sécurisée sur les espaces cyclables de Nancy. Avec la rentrée, ce sont les comportements habituels qui sont de retour. Les aménagements de l’été n’ont rien amélioré, au contraire : L’avenue de Strasbourg a vu ses voies modifiées pour accueillir la ligne 2 de bus. Avant ces modifications, deux voies étaient empruntées par les voitures, bus et vélos. Après ces modifications, la voie de droite devient multimodale et est empruntée par les bus bien sûr, mais aussi les cyclistes et… Les voitures en cours de stationnement ou qui tournent dans une rue transverse. Il en résulte paradoxalement une moindre visibilité des cyclistes qui en font les frais.

Ma rentrée cycliste 2013 à Nancy par zerozeroced

Résultat du jour : seulement 3 voitures stationnées sur les bandes cyclables, mais 3 refus de priorité.

Toujours vivant…

Nancy : mobilité pour tous, qu’ils disaient…

Le numéro de juillet-août 2013 de « Grand Nancy Actu » propose un petit supplément  intitulé « la mobilité pour tous » . Il s’agit d’un vadémécum d’une dizaine de pages, un autostatisfecit béat à la gloire des échecs les plus cuisants de ces 15 dernières années en matière de déplacements urbains. À dévorer ad nauseam.

Les chiffres-clés du plan de déplacements urbains

Après un édito jargonant sur la nécessité, pour le travailleur, d’user d’intermodalité en multipliant les moyens de transports pour se déplacer en ville, un encart met en exergue les chiffres clé du déplacement urbain sur les 6 dernières années.

On notera la baisse du nombre de victimes de 44%, une augmentation de la fréquentation des transports en commun de 13% et une baisse du trafic dans les mêmes proportions. Mystérieusement, le trafic pénétrant, qui reste quand-même prépondérant, n’aurait baissé que de 4%. Si le bilan affiche un rare optimisme, le ressenti de l’usager que je suis, à la fois piéton, cycliste et plus rarement usager des transports en commun et automobiliste, reste plus réservé. Pourquoi ?

Les transports en commun

Les services de transports en commun ne permettent pas aux automobilistes venant des autoroutes d’Épinal/Lunéville, Toul ou Metz, de les emprunter : les lignes de TEC ne sont pas sur leur parcours et il n’existe pas de stationnement pour les accueillir. Concernant l’axe sud que je connais plus particulièrement, les automobilistes passant par le parc des expositions ou par le boulevard Lobau ne sont incités à aucun moment à emprunter les transports en commun : aucun arrêt avec (ou sans d’ailleurs) places de parking à l’appui, n’a été prévu dans le secteur.

Pire : la nouvelle ligne 2 qui passe pourtant non loin de là à Jarville-la-Malgrange, ne dispose ni ne disposera de parking relais à proximité des sorties de l’autoroute : le seul parking-relais prévu est à 3 km de là, à l’opposé du centre de Nancy au milieu de Laneuveville-devant-Nancy, et proposera 30 places dans un premier temps (90 à terme). Un terrain s’est pourtant libéré il y a quelque temps en face de la mairie de Jarville, à quelques centaines de mètres de l’autoroute et facilement accessible, mais on a préféré y construire des immeubles plutôt qu’un parking relais.

L’automobile, la pestiférée…

… que l’on n’ose pas bouter hors de la ville trop brutalement et que l’on préfère asphyxier à petit feu par le biais d’infrastructures ou d’entraves à la circulation (mais pas au stationnement sauvage).

Cependant, la CUGN aura beau détruire consciencieusement tout le système d’onde verte pour lequel elle a été précurseur dans les années 70 ou limiter le nombre de voies de circulation entrantes pour décourager les automobilistes qui viennent de l’extérieur, ils continueront de venir, de bouchonner et de polluer tant qu’ils n’auront aucune alternative.

Il y a encore une dizaine d’années, il était possible d’atteindre le centre de l’agglomération par les voies structurantes sans jamais s’arrêter à un feu rouge. J’ai souvenir du boulevard Lobau qui se négociait à la fin des années 1990, à 60-70 km/h en conservant le vert sur l’ensemble des carrefours traversés. Si ces vitesses ne sont plus souhaitables dans le contexte actuel, un moyen terme serait d’éviter les arrêts intempestifs à chaque feu, imposés par une désynchronisation savante de ces derniers pour des raisons dogmatiques qui ont pour principales conséquences d’exaspérer les conducteurs et de brûler d’énormes quantités de carburant en pure perte. Pour exemple, mon véhicule, une citadine essence, consommerait environ 3.5 l/100 km à vitesse stabilisée sur les 1.5 km du boulevard Lobau. Avec le système de feux actuel, et compte tenu d’une circulation fluide sur la même artère, le même véhicule consomme 10 l/100, soit 3 fois plus ! Pour 1000 véhicules répondant aux critères du parc moyen français, cela entraîne une surconsommation inutile de l’ordre de 100 litres, soit 245 kg de CO2 (si tant est que ce chiffre ait un sens). Nancy est traversée par 60 000 véhicules par jour ! Testez votre voiture et votre parcours et laissez-nous le résultat en commentaire.

Le vélo, l’alibi « vert »

Le réseau cyclable de la ville a bondi de 80% en 6 ans. Évidemment, le dépliant de la CUGN vante les itinéraires cyclables dont la surface croît de manière exponentielle. C’est oublier que le terme « itinéraire » est quelque peu usurpé, les bandes cyclables ayant la fâcheuse tendance à constituer un ensemble discontinu de tronçons plus ou moins bien signalés et ne permettant pas, par exemple, de rallier le sud de l’agglomération (Jarville, Heillecourt, Vandoeuvre-lès-Nancy par le parc des expositions ou toute voie parallèle) au centre ville.

contresens-cyclable-20130802

Véhicules de la mairie de Nancy à leur emplacement habituel sur le contresens cyclable devant des places de stationnement libres, rue Barrès. À admirer du lundi au vendredi, de midi à 13h hors congés du conducteur. Gratuit.

Le décret du 30 juillet 2008 permettant le contresens cyclable sur toute voie limitée à 30 km/h est une aubaine pour la CUGN : la limitation à 30 km/h, qui a le bon goût de répondre au Dogme anti-voitures-un-peu-mais-pas-trop, fleurit un peu partout avec son lot de contresens cyclables dûment décomptés en tant que réseau cyclable, alors qu’il ne s’agit pas d’aménagements à proprement parler mais de simple application de la loi : Ils constituent aujourd’hui 50% de l’augmentation du réseau sur les 6 dernières années avec 52 km « créés » depuis 3 ans. Notons que le tourne à droite faisant partie du « paquet vélo » facilitant la vie des cyclistes n’a pas été mis en place à Nancy, seule compte la vitrine « verte » .

Bande cyclable à Nancy

Sous ces voitures en stationnement, une bande cyclable permet aux cyclistes de circuler agréablement et en toute sécurité.

Le Dogme anti-voitures-un-peu-mais-pas-trop impose de limiter le nombre de voies ou de les rétrécir ? Un coup de peinture, et voilà une bande cyclable toute neuve. Peu importe qu’elle serve essentiellement au stationnement des voitures, peu importe  que l’ensemble soit incohérent, le but est juste d’annoncer un réseau cyclable de plusieurs centaines de kilomètres. Intégrer de vraies voies cyclables lors de la création d’une ligne de bus en site propre est trop onéreux ? Il suffit d’élargir la voie de bus de quelques dizaines de centimètres et de décréter la voie de bus cyclable : rien de plus agréable pour un cycliste que de se faire frôler par un engin de 20 tonnes, et pour un chauffeur de bus à « haute qualité de service » astreint par ses horaires que de ralentir à cause des cyclistes : voilà de quoi confronter la tolérance des uns et des autres.

Piste cyclable à Nancy

Piste cyclable, dont la fonction première reste évidemment le stationnement.

Habitant à quelques centaines de mètres d’un des points névralgiques de Nancy, le parc des Expositions, aucun itinéraire cyclable ne me permet d’aller vers le centre gare ou d’en revenir. L’un des itinéraires suit pourtant pour partie les voies du « tram » construit en 2001, pour lequel la CUGN était théoriquement obligée de construire une voie cyclable parallèle et indépendante : las, malgré des trottoirs démesurés et des places de stationnement de chaque côté de la chaussée imposant aux automobilistes de traverser les voies du tram sur lesquelles les cyclistes n’ont pas le droit de circuler, ces derniers se voient imposer de circuler sur la seule voie de circulation au milieu des automobilistes excédés par l’onde rouge décrite précédemment. Pour leur sécurité, évidemment.

Voie de bus cyclable, où bus et vélos sont censés se dépasser mutuellement agréablement et en toute sécurité

Voie de bus cyclable, où bus et vélos sont censés cohabiter agréablement et en toute sécurité

Grâce à un PDU qui se caractérise par son absence de zone piétonne, un réseau de bus inadapté pour qui n’habite pas à Nancy ou commune limitrophe, son dogme anti-voitures-un-peu-mais-pas-trop qui entraîne surconsommation et perte de temps, et son réseau cyclable inutilisable, la CUGN a réussi la prouesse de mécontenter tout le monde. Mais les indicateurs de satisfaction choisis par les représentants du Grand Nancy n’intègrent pas le ressenti de « tout le monde » et sont par conséquent tous au vert, eux. Et c’est bien là l’essentiel.

22 juin 2013 : Vélorution nancéienne

Les nouveaux aménagements de la ligne 2 de Nancy, dont je vous ai déjà parlé, a donné une occasion supplémentaire aux cyclistes nancéiens de revendiquer l’espace promis : l’amènagement de l’avenue de Strasbourg ne donne pas satisfaction.

Rendez-vous était donné place Thiers, face à la gare, ce samedi 22 juin sur le coup de 11h du matin. Bien que motivés, nous ne fûmes pas très nombreux à répondre à l’invitation du collectif du Vélorution : email tardif, horaire peu habituel y sont peut-être pour quelque chose. Au programme, le mécontentement des nouveaux aménagements cyclistes le long de la ligne 2 des transports en commun de Nancy, un rendez-vous avec le maire de Laneuveville dont la commune a réduit les aménagements cyclables à la portion congrue, pique-nique au parc de Montaigu, et accompagnement des cyclistes se rendant à vélo à la Vélorution nationale à Marseille.

Comme d’habitude, le cortège s’est ébranlé dans un joyeux vacarme, mélange de bruits de sonnettes mais aussi des musiciens du vélo à six places. Comme d’habitude, nous avons pu constater que si l’automobiliste considère l’espace cyclable comme un espace à partager, il considère la chaussée comme son territoire inaliénable. Et comme d’habitude, nous avons eu affaire à deux specimens prêts à rouler sur du cycliste pour avancer plus vite. Fort heureusement, pas de dégâts et une ambiance festive ont vite faitoublier ces incidents.

Je n’ai malheureusement pu assister qu’à la première partie, dont je vous présente la vidéo :


22 Juin 2013 : Vélorution Nancy par zerozeroced

Afin d’illustrer l’espace potentiel séparant un cycliste d’un bus sur la voir cyclable/de bus de l’avenue de Strasbourg, voici une petite photo (désolé pour la qualité) :

bus sur la voie de bus de l'avenue de Strasbourg (Nancy)

bus sur la voie de bus de l’avenue de Strasbourg (Nancy)