Archives pour la catégorie Cyclisme urbain

Mon expérience de cycliste dans la jungle urbaine de Nancy

Quand le Grand Nancy réfléchit à l’usage du vélo…

… Avant de communiquer en toute subtilité sur les mesures envisagées

Une méthodologie originale

En 2013, le Grand-Nancy lançait un comité de réflexion sur l’usage du vélo en ville. Un groupe a donc travaillé sur le développement de l’usage du vélo dans l’agglomération, avec une méthodologie originale (ce n’est pas moi qui le dit) consistant à « organiser des sorties vélo sur le terrain pour observer et analyser finement le trajet et proposer des aménagements » . Ce travail a abouti à la publication d’un rapport disponible au format PDF dont les conclusions confirment le constat et les revendications des cyclistes urbains nancéiens. Le rapport lance également les bases de l’orientation souhaitable de la politique des déplacements à vélo.

Les principaux points soulevés sont les suivants :

  • itinéraires cyclables non praticables à cause du mobiler urbain ;
  • manque d’espace dédié aux cyclistes et piétons ;
  • itinéraires cyclables mal matérialisés ;
  • obstacles dangereux (voir illustration ci-dessous) ;
chicane cyclable Nordon, avenue du XXe Corps Nancy - photo

chicane cyclable Nordon, avenue du XXe Corps à Nancy, qui donne la priorité aux automobilistes provenant d’une – ou se dirigeant vers une – voie privée, au détriment des cyclistes qui circulent sur la voie publique  – photo Google Street view

  • fin de bandes cyclables inexplicables, à proximité d’écoles ou de pôles publics ;
  • absence d’aménagement dans des endroits dangereux (illustration ci-dessous) ;
voie du tram, trottoirs avanue du XXe Corps, Nancy

voie du tram, trottoirs avenue du XXe Corps, Nancy : obligation faite aux cyclistes de circuler sur les voies du tram dans un sens, interdiction dans l’autre sens pour des raisons de sécurité. Notez la largeur des trottoirs et celle de la chaussée sur laquelle sont censés circuler les cyclistes (voir à ce sujet la première vidéo de cet article).

  • discontinuité des itinéraires ;
  • Et last but not least, une évocation du stationnement sur bande cyclable assortie d’une préconisation que je qualifierai de magique : « baisse du seuil de tolérance quant à la pratique du dépose-minute sur les pistes cyclables » . J’ignorais qu’il existât un « seuil de tolérance »  et pensais benoîtement que les voies cyclables étaient destinées prioritairement aux automobilistes pressés. Il faut dire que l’utilisation des bandes cyclables est susceptible de prêter à confusion (illustration ci-dessous) ;
contresens cyclable nancéien au 16 janvier 2015

À gauche, sous les voitures, se cache un contresens cyclable nancéien. Le seuil de tolérance n’est manifestement pas atteint : je suis vraiment curieux d’assister à une situation où il se présente. À droite, les véhicules sont simplement en stationnement interdit, sur le trottoir : le seuil de tolérance est donc loin d’être atteint. photo du 16 janvier 2015

Un rapport sérieusement pris en compte par les élus du Grand Nancy

Une nouvelle voie  cyclable à Nancy

Grâce à l’espace libéré sur l’axe bordant le futur éco-quartier Nancy Grand -Coeur, la CUGN a créé une piste cyclable en site propre. Ah ! on m’indique qu’il n’en sera rien, nos édiles ayant décidé de faire cohabiter les cyclistes avec les bus et autres taxis. Mais prochainement, les préconisations du rapport seront appliquées. Ou pas.

C’est à l’occasion de leur présentation des voeux 2015 que les représentants du Grand Nancy ont pris la décision d’évoquer la réorientation de la politique de développement de l’usage du vélo, par le biais d’un message tout en subtilité, une sorte de flashmob improvisée qui n’a pas échappée à la sagacité du journaliste Yannick Vernini :

Le gros bras d'honneur de la CUGN à l'intention des cyclistes

billet paru dans  l’Est Républicain le 8 janvier 2015 : cérémonie des voeux de la CUGN. Magique. Magnifique.

 

 

 

 

 

Partagez pendant 5 minutes ma vie de cycliste urbain

Nous avons vu, dans l’article précédent, à l’aide de trois exemples concrets, que si les cyclistes n’avaient pas toujours un comportement exemplaire, cela ne justifiait pas forcément la verbalisation systématique qu’envisage le CNSR : un code de la route écrit pour l’automobiliste, des infrastructures conçues essentiellement pour ce dernier et des voies cyclables insuffisantes et mal réalisées peuvent, dans un certain nombre de cas, inciter les cyclistes à enfreindre le code de la route. Il ne s’agit évidemment pas d’exempter ces derniers de toutes leurs infractions, notamment les plus dangereuses, mais de préciser le contexte dans lequel s’inscrit leur comportement : Un cycliste n’emprunte pas un trottoir pour enquiquiner les piétons, mais parce qu’il n’a vraissemblablement pas d’alternative sûre.

Le bilan des accidents provoqués par des cyclistes par rapport à celui des véhicules motorisés est sans appel : on dénombre 4 décès en 2011 ( 2 cyclistes et 2 piétons) impliquant un contact avec un cycliste, pour 110 cyclistes et 450 piétons tués dans des accidents impliquant des véhicules motorisés. C’est l’illustration du concept de vulnérabilité : dans une collision à 2, tout à fait indépendamment des responsabilités, le mort est ultra-majoritairement l’usager le plus « léger » des deux.

Les cyclistes ne sont reconnus responsables que dans 34% des accidents dans lesquels ils sont impliqués, tandis que les automobilistes le sont dans 83% ! C’est pourquoi je vous propose aujourd’hui de vous mettre à la place d’un cycliste qui s’efforce de respecter le code de la route. 5 minutes de vidéo (en accéléré) qui expliquent au moins pour partie les raisons pour lesquelles les cyclistes ne sont pas les seuls responsables de leur sinistralité ni de celle qu’ils provoquent envers les piétons et autres usagers fragiles.

Ce sont là des situations qui me sont quotidiennes ou presque. Le cycliste est donc avant tout une victime, plus particulièrement des infractions commises par les conducteurs de véhicules motorisés, ceux-là même qui s’estiment, à tort ou à raison, victimes de la répression routière. Sanctionner de manière systématique des cyclistes pour des infractions qui ne sont ni dangereuses ni accidentogènes malgré le ressenti des « non cyclistes » , tout en préservant une grande tolérance aux infractions et incivilités des automobilistes, lesquelles provoquent le décès de plusieurs centaines d’usagers fragiles chaque année, est pour le moins ubuesque.

La verbalisation systématique des cyclistes est-elle une réponse adaptée ?

À l’issue d’une période de test dans l’agglomération strasbourgeoise et faisant suite à une étude Opinionway financée par des assureurs assurant que les cyclistes se sentent en totale impunité, le CNSR compte étendre la verbalisation systématique des cyclistes en infraction à tout le territoire français. Ce sont l’augmentation du nombre de cyclistes tués en 2014 (+6% par rapport à 2013) et la baisse spectaculaire de l’accidentologie à Strasbourg (-37%) qui seraient à l’origine de cette décision.

Bien que tout le monde s’accorde sur la nécessité de diminuer la sinistralité routière, la méthode employée à l’égard des cyclistes fleure bon le populisme : L’argumentation s’appuie sur le comportement supposé des cyclistes dans leur ensemble et ne peut que recueillir l’assentiment de la population. En effet, qui n’a jamais vu un cycliste enfreindre un quelconque règlement du code de la route, ni n’a été agacé par certains comportements ?

Il me semble utile de rappeler qu’à l’instar du piéton, le cycliste est un usager fragile. Ainsi le professeur Got, spécialiste de sécurité routière, publie-t-il une étude recençant 385 accidents mortels impliquant des cyclistes. Seuls 11 accidents ont pour conséquence le décès d’un autre usager que les cyclistes impliqués, dont 3 piétons et 1 passager d’automobile. Les 374 autres accidents ont provoqué le décès des cyclistes concernés, victimes de véhicules motorisés ou de leur propre comportement. Selon le bilan de sécurité routière 2013, la responsabilité des cyclistes n’est engagée que dans 30% des accidents où ils sont impliqués, et 2/3 de ces accidents ont lieu en rase campagne. L’image du cycliste tueur en série en prend un coup !

Par ailleurs, le choix de la ville de Strasbourg pour expérimenter la verbalisation n’est pas anodin. Ville pilote en matière de cyclisme urbain, son organisation s’inspire du modèle allemand : un centre ville piéton autour duquel s’articule un réseau cyclable dense et cohérent. Forte de 560 km de voies cyclables, elle propose le 1er réseau de vélo de France. Sa conception repose sur la convivialité,  l’efficacité, la fiabilité, la lisibilité et la sécurité. Ainsi, le réseau garantit-il une vitesse moyenne de 20 km/h et bénéficie-t-il d’aménagements spécifiques dans les carrefours. Il en résulte que l’organisation même du plan de déplacement urbain intègre le vélo comme moyen de déplacement utilitaire et adapte les infrastructures à ce dernier.

Or, c’est là que le bât blesse. La plupart des villes françaises ne disposent pas d’infrastructures cyclables dignes de ce nom, ni n’intègrent le vélo comme moyen de déplacement utilitaire. Réduits à la portion congrue, les cyclistes n’ont d’autre solution que de composer avec ces dernières.

Je ne demande pas mieux que de respecter le code de la route. Mais celui-ci a été conçu pour les automobiles. Habitant à Nancy, les infrastructures, elles, y ont été conçues pour les automobiles et (un peu) les piétons. Le peu d’infrastructures cyclables existantes sont incomplètes, incohérentes et intégralement squattées par des automobilistes qui en interdisent l’usage, ce que je dénonce depuis des années auprès de la municipalité via un tumblr, sur ce blog ou Twitter sans que cela n’engendre quelque réaction que ce soit.

Quelques exemples

Le tram

La communauté urbaine du Grand Nancy a conçu un tramway sur pneus en 2001. Elle était théoriquement obligée de concevoir un itinéraire cyclable le long du tracé. Elle n’en a rien fait. Selon la volonté du maire, les cyclistes ne sont pas les bienvenus sur les voies du tram, ni sur les trottoirs qui le longent. Si un cycliste emprunte l’unique voie dédiée aux voitures, voici ce qu’il se passe :

Dès lors, en l’absence de voie cyclable, en l’absence d’autorisation de circuler sur le trottoir, et face aux dépassements des automobilistes qui mordent sur la voie du tram pour doubler les cyclistes jugés trop lents, au risque de faire de ces derniers une variable d’ajustement ou de les percuter par l’arrière, ne vaut-il pas mieux que les cyclistes circulent sur la voie du tram ?

 Les carrefours

Les quelques pistes cyclables en site propre praticables à vélo se sont vues pourvoir d’une signalisation adaptée en certains points (c’est loin d’être systématique). Voici une traversée du carrefour du parc des expositions à vélo en respectant cette signalisation :

Résultat, près de 5 minutes. Je n’ai jamais mis plus d’une poignée de secondes pour le faire en voiture. Dès lors, comment s’étonner que ni les piétons ni les cyclistes ne respectent cette signalisation ?

 Les infrastructures cyclables

Mon quotidien, ce sont les voitures stationnées sur les bandes cyclables, et plus particulièrement sur les contresens. L’autre problème concerne les contresens inadaptés parce que trop étroits et dangereux, malgré des trottoirs disproportionnés.

Que préconisent les représentants de la loi dans de tels cas : le cycliste mord en sens interdit sur la voie des voitures, le cycliste circule sur le trottoir, le cycliste descend de son vélo et continue à pied ? Je signale à tout hasard que si la dernière option est retenue, ça ne sert plus à rien de s’encombrer d’un vélo…

Ajoutez à cela des indications absconses, l’impossibilité de rejoindre facilement un itinéraire cyclable sans emprunter un trottoir ou des équipement inadaptés, et vous vous demanderez comme moi comment circuler à vélo en respectant le code de la route.

Sanction

Que l’on sanctionne les cyclistes qui enfreignent la loi de manière dangereuse ou qui ne respectent pas les infrastructures qui leur sont dédiées lorsqu’elles existent, ou qui ne respectent pas les règles de sécurité élémentaires (éclairage…) ne me dérange pas. Je trouve cela souhaitable. Mais que l’on cesse de pointer du doigt des cyclistes qui ne font que composer avec des infrastructures qui ne leur sont pas dédiées, et donc ne sont pas adaptées à ce mode de déplacement.

Commençons par sanctionner les villes aux infrastructures inadaptées. Bref, commençons par reconnaître le vélo comme mode de déplacement urbain.

Réponse à l’automobile club lorrain

L’histoire débute par un mail, par lequel la journaliste Corine Baret-Idatte m’indique qu’elle souhaiterait faire un dossier sur le cyclisme urbain nancéien à publier sur l’Est Républicain dans lequel un encart concernera le stationnement sur bandes cyclables, et plus particulièrement le hashtag #gougnafier sur Twitter. S’ensuit un échange qui aboutit, le 28 octobre dernier à la publication d’un article :

Twitter Des autos garées sur les bandes vélo, prises en photo
 #gougnafier le Nancéien !

Gare aux automobilistes sta­tionnés sur les bandes cycla­bles. Clic clac, des Nancéiens le prennent en photo ou en vidéo qu’ils postent sur Twit­ter avec le hashtag #gougna­fier. Une idée du cycliste nan­céien, Cédric Amey. La collection de clichés est impressionnante et même drôle. « Tout a débuté suite à des discussions entre cyclis­tes urbains en vue de se fédé­rer », explique Cédric, qui, grâce au hashtag, vient d’être contacté par un journaliste pour réaliser un reportage pour M6 sur le vélo en ville.  « Avec ce #gougnafier, on souhaite alerter les élus de Nancy et de la CUGN sur les problèmes de circulation à­ vélo. Le réseau cyclable  grand nancéien est une sorte d’alibi vert brandi à intervalles réguliers dans les pla­quettes de communication. Si les voies vertes et pistes in­tercommunales restent ex­cellentes, le réseau de bandes  cyclables n’est ni cohérent ni utilisable en l’état. » La plu­part des tweets sont adressés   à @VilledeNancy @lauren­thenart ou encore au Grand Nancy… Et quand une voitu­re de la mairie se trouve épin­glée sur une piste cyclable, les twittos se déchaînent !

La réponse parviendra de là où je ne l’attendais pas, et d’une manière qui m’a désagréablement surpris : l’Automobile Club Lorrain exerce un droit de réponse à cet article dès le lendemain :

Réaction au dossier vélo

Suite à la page sur le vélo en ville parue hier dans notre journal, l’Automobile Club Lorrain (ACL) réagit :

« L’article #gougnafier le Nancéien, a fait bondir les automobilistes qui, à leur tour, se plaignent du comportement de cyclistes circulant dans les rues.

En ville, il y a différents mode de déplacement : transports en commun, piétons, vélo et les VOITURES. Quoiqu’on en dise, l’automobiliste laisse beaucoup de taxes au cours de ses déplacements, (tarif du stationnement, taxes diverses carburants…) pour qu’on le « néglige » et qu’on le taxe de tous les maux ! Beaucoup d’automobilistes sont très nombreux à réagir sur le comportement des vélos.

Il n’existe qu’un code de la route et beaucoup d’automobilistes nous signalent des interprétations diverses et variées ». Circulation de nuit sans éclairage, sur les trottoirs, en sens interdit, non-respect des feux rouges, etc. L’ACL n’est là pour opposer les modes de déplacement entre eux, mais que chacun ait un comportement correct lors de ses déplacements, d’ailleurs l’ACL a programmé des enquêtes dans les prochains mois sur les conditions de circulation en ville.»

Je souhaiterais donc répondre à l’Automobile Club Lorrain.

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La loi du Talion…

D’abord, c’est vrai, le comportement des cyclistes n’est pas toujours exemplaire. Mais j’aimerais comprendre le cheminement intellectuel par lequel cela justifie l’appropriation du peu d’espace cyclable pour y stationner des automobiles ? Notons que l’argument a déjà été entendu lors de discussions avec ceux que je nomme les #gougnafiers.

… Et ses limites

La problématique que soulève le comportement des automobilistes de la vidéo est la suivante : afin de circuler dans le sens désiré, dans la rue prévue à cet effet et en présence de voitures sur la voie qui lui est normalement dédiée, le cycliste n’aura d’autre choix que de circuler sur le trottoir ou à contresens sur la chaussée.

Si le stationnement sur bande cyclable n’était qu’un phénomène rare, il ne constituerait en aucun cas un problème : on peut tous comprendre une circonstance exceptionnelle ou une urgence. Ce qui pose problème, c’est à la fois le nombre de véhicules concernés, l’absence de recherche d’une alternative par simple facilité ou habitude, et enfin l’agressivité du comportement.

Les questions que posent la position de L’Automobile Club Lorrain sont les suivantes : considère-t-il comme normale une situation où les automobilistes attendent qu’une place se libère pour pouvoir faire un créneau sur une voie normalement dédiée aux cyclistes ? Est-on encore dans une situation urgente ou exceptionnelle qui justifie ce comportement ? Est-il normal de préférer stationner sur une bande cyclable lorsque des places de stationnement normalisées sont libres à quelques mètres ? Est-il normal de couper la route à un cycliste circulant sur un contresens cyclable, pour y stationner juste devant lui ? En de telles situations, quelle attitude préconise l’Automobile Club Lorrain pour les cyclistes ? Circuler (parfois à contresens) sur la voirie dédiée aux voitures, circuler sur le trottoir, attendre que la situation s’améliore, terminer son trajet à pied ?

Payeur-emmerdeur

Le deuxième argument de l’Automobile Club Lorrain qui consiste à justifier le stationnement sur bande cyclable par le paiement de taxes me laisse pantois. Vus les impôts que je paie, je suppose que rien ne s’oppose à ce que je vole à l’étalage ?

Compréhension du problème

Par ailleurs, le rédacteur de l’Automobile Club Lorrain aura mal lu l’article de l’Est Républicain, qui précise clairement qu’il s’agit d’alerter les pouvoirs publics sur l’inefficacité des infrastructures cyclables nancéiennes du fait, entre autres, du comportement de certains automobilistes. Il ne s’agit pas, comme le laisse entendre le droit de réponse de l’Automobile Club Lorrain, de partir en croisade contre l’automobile en général, mais bien de cibler des comportements gênants, voire dangereux.

Je signale aimablement à l’Automobile Club Lorrain que je suis amateur de voitures, que j’en possède trois dont deux de collection, ce qui ne m’empêche pas de respecter autant que faire se peut les espaces dédiés aux autres usagers en fonction de mon mode de déplacement du moment, même si ces derniers ne sont pas toujours irréprochables. Mais qui peut prétendre l’être ?

Cédric Amey,
Automobiliste, cycliste et piéton.

Les cyclistes, ces dangereux délinquants de la rue

En cette semaine de pré-rentrée, voici le bilan de 2 jours de vélo dans les rues de Nancy, représentant environ 3 km effectués hors pistes cyclable. Il s’agit des trajets boulot-dodo des 27 et 28 août 2014 :

On notera la civilité placide des automobilistes, pour lesquels il est permis de s’interroger sur le stress engendré par le comportement proprement meurtrier des cyclistes.

(Par ailleurs, mais ça n’a rien à voir, je m’essaie à l’auto-hébergement de vidéos. Faites-moi savoir si vous rencontrez un problème)

Le Grand Nancy reçoit le label Ville et Territoire vélotouristiques

Étonné je suis. Le Grand Nancy a reçu le label Ville et Territoire vélotouristiques de la FFCT (Fédération Française de Cyclo-tourisme).

Étonné parce que, si le Grand Nancy a su développer des services autour du vélo (la maison du vélo, VéloStan, …), les cyclistes nancéiens dont je suis alertent les responsables techniques ou les élus depuis des années sur les difficultés rencontrées à pratiquer du vélo sur le territoire de la CUGN : réseau cyclable mal pensé et incohérent, discontinuité des parcours, signalisation absconse, absence de réseau cyclable le long des voies du tramway alors que la loi LAURE l’exige…

À ma question

la FFCT me répond

Étonné donc, parce que la FFCT publie aussi une charte cyclable. Manifestement, ni le Grand Nancy ni le visiteur technique n’en ont pris connaissance, tant les préconisations de cette dernière sont éloignées des infrastructures nancéiennes.

Étonné parce que la FFCT, qui prétend défendre l’usage du vélo, réduit à néant les efforts de particuliers ou d’associations locales telles que Dynamo, Eden ou Fubicy  qui réclament l’amélioration des infrastructures cyclables en communiquant sur les réseaux sociaux ou par le biais de manifestations telles que le Vélorution. Le label de la FFCT permet déjà au Grand Nancy de communiquer sur le sujet et de mettre à jour ses indicateurs de satisfaction sans tenir compte des attentes des usagers.

Étonné je suis. Et un peu affligé aussi.

Point cyclisme : Jusqu’ici, tout va bien.

Ci-dessous, une vidéo tournée le 22 mai vers 17h. Sur 500 mètres, deux refus de priorité et un automobiliste stationné sur la bande cyclable qui tient à me faire connaître sa philosophie de vie.

Rappel : À Nancy, la cohabitation cyclistes / automobilistes se passe presque sans heurts. Presque, parce que quand-même, les cyclistes, ils font n’importe quoi, se croient dans leur bon droit et font chier le monde avec leurs revendications à la con.


Retour du boulot à vélo : tout va bien par zerozeroced

Morceaux d’anthologie

Je ne vous dérange pas.

L’automobiliste stationné sur la bande cyclable :

– Je ne vous dérange pas !

Le cycliste :

– Ben si…

L’automobiliste stationné sur la bande cyclable :

– Non je ne vous dérange pas ! D’ailleurs, l’autre cycliste qui est passé devant vous, je ne l’ai pas dérangé, il n’a rien dit…

[Note : Si ça c’est pas une preuve, hein. Bon, l’autre cycliste en question, c’est ma femme, et je sais que ce comportement la gonfle méchamment]
Le cycliste :

L’automobiliste stationné sur la bande cyclable :

– De toute façon, ça ne sert à rien de discuter…

 Un petit moment de racisme ordinaire :

L’automobiliste stationné sur la bande cyclable :

– De toute façon, je serais étranger, tu la ramènerais pas, tu te serais déjà barré…

Le cycliste :

– …

L’automobiliste stationné sur la bande cyclable :

– C’est vrai ou c’est pas vrai ? Hein ? Dis voir ?

Le cycliste :

– Sale con (oui, désolé, mais là, ça a dépassé ma capacité à encaisser la connerie et la vulgarité)

L’automobiliste stationné sur la bande cyclable :

– T’es rien qu’un branleur. T’as d’la chance [suivi de menaces physiques]

Je signale à toutes fins utiles que je parcours environ 10 km par jour dans l’agglomération nancéienne. L’évolution du comportement incivique de certains automobilistes encouragés par l’inaction des pouvoir publics, m’impose d’éviter autant que faire se peut les bandes cyclables inutilisables. Malheureusement, le soir, j’emprunte quelques centaines de mètres de bande cyclable : l’une rue Mansuy Gauvain sur laquelle les clients du MIDAS sis en face ont pris leurs habitudes, et l’autre rue de Bonsecours, devant le lycée Prouvé, qui sert à la fois aux bus scolaires et aux véhicules des parents d’élèves.

Je remercie la ville de Nancy et la Communauté Urbaine du Grand Nancy qui, par leur inaction et leur refus de créer des espaces cyclables sécurisés, encouragent ces  personnes à l’incivisme décomplexé. Les faits démontrent que ces personnes deviennent de plus en plus nombreuses, sans-gêne, arrogantes, intolérantes et agressives envers les usagers des bandes cyclables et autres trottoirs.

Mais bon, ne cédons pas à un scepticisme exagéré : jusqu’ici, tout va bien. Je suis encore vivant et entier.

Kangoo électrique

La mairie de Nancy a investi dans un Kangoo électrique (il y a plus d’un an déjà, j’ai des photos de lui sur le contresens cyclable entre mairie et préfecture, rue Érignac). Force est de constater que ça marche bien quand ce n’est pas stationné sur un contresens cyclable. C’est la raison pour laquelle elle a été confiée à un pilote confirmé. Vidéo.

Kangoo électrique, pour les païlotes par zerozeroced

Du coup, je comprends le stationnement quasi-quotidien sur le contresens cyclable : quand on ne respecte aucune règle du code de la route en circulation, il n’y a aucune raison de les respecter à l’arrêt. Comment ils disent déjà ? Ah oui : exemplarité.

Hommage à la gentillesse d’une automobiliste nancéienne

Une automobiliste entame un stationnement sur la bande cyclable au moment où j’arrive à vélo. Évidemment, je gêne sa manoeuvre : elle saura réagir avec beaucoup de tolérance à mon égard et, après une hésitation bien compréhensible, finira par aller stationner sur une place matérialisée, juste en face. Merci à elle, tous les automobilistes n’auraient pas eu autant de scrupules envers le cuistre que je suis.

Mais je pense sincèrement que cette tolérance d’usage de morceaux de bandes cyclables faite aux cyclistes par les automobilistes nancéiens ne durera pas. En attendant, nous, cyclistes, sachons remercier ceux qui font l’effort de nous laisser quelques mètres de bande cyclable ici ou là, le temps de quelques tours de roue.


Hommage aux automobilistes qui tolèrent encore les cyclistes… par zerozeroced