Archives mensuelles : décembre 2016

Osons causer nous cause nuke

Le nuke, c’est mal on le sait.

Mais en plus, ça coûte cher. Écoutez plutôt.

Vos factures EDF vont exploser : le vrai coût du nucléaire

Un ton « jeune », des mots simples et des arguments percutants pour vous présenter un problème complexe de manière compréhensible et convaincante. Je suis séduit par l’analyse. Mais bon, comme d’habitude, j’ai cherché des sources. Et on constate qu’il y a quand-même un vague début de partialité dans les propos de ce jeune homme.

depuis 2009 le prix de l’électricité a augmenté de 15% à cause du nucléaire

En 2008, la contribution aux EnR (CSPE) était à 0. Elle était de 1.66 milliard en 2009, 5.62 milliards en 2014 et est estimée à 7 milliards en 2016. Elle constituerait 16% du prix de l’électricité cette année là. À elle seule, la CSPE explique le plus gros de l’augmentation de 15% du prix de l’électricité depuis 2009.

Selon la Cour des Comptes, le coût du nucléaire augmenterait de 5% / an.

La cour des comptes ne dit pas que les coûts augmentent de 5% par an, mais qu’ils ONT augmenté de 14% de 2008 à 2010 (page 58), ce qui est expliqué par :

  • Une hausse du coût des combustibles (6%), rien n’indique que ces coûts vont continuer à augmenter, il a même chuté en 2011 après l’accident de Fukushima ;
  • Une hausse des coûts de personnel (7%), due à la pyramide des âges. Rien n’indique que ces coûts ont continué à augmenter ;
  • des impôts et taxes (14.5%), c’est une décision politique qui n’a rien à voir avec les coûts croissants du nucléaire et rien n’indique que ces coûts vont continuer à augmenter. ;
  • À la réorganisation de services (fonctions centrales et de support) (30%), rien n’indique que ces coûts continueront à augmenter à l’issue des restructurations ;
  • Une hausse des dépenses de fonctionnement / sous-traitance (21.5%). Seule cette hausse est liée à l’évolution des coûts de maintenance. Soit 300 millions d’euro sur 900 millions d’augmentation. Soit 4.5% sur 3 ans, soit 1.2%/an sur la période.

Le « grand carénage » , aura un coût de 55 milliards d’ici 2025 selon EDF.

Ce qui nous amène à un coût annuel sur 10 ans de l’ordre de 5.5 milliards pour 70% de la production électrique, que l’on comparera aux 7 milliards évolutifs de la CSPE, pour subventionner 5.3% de la production électrique.

Mais on apprend ensuite que ces investissements qui s’étalent sur 10 ans, sont prévus pour faire fonctionner les centrales de 40 à 60 ans, ce qui ramène le coût annuel à quelque chose de l’ordre de 0.9 à 1,4 milliard par an. Soit quelque chose comme 5 à 7 fois moins que la CSPE.

La cour des compte estimerait le coût du « grand carénage » à 100 milliards

Admettons (je n’ai pas retrouvé ça dans le rapport de la Cour des Comptes), doublons le chiffre : 1.8 à 2.8 milliards / an pour financer 70% de la production électrique, que l’on comparera aux 5 milliards de CSPE pour subventionner 5.3% de la production électrique.

Le coût de production nucléaire avant ces travaux seraient de 50€/MWh contre 80€ après, selon cour des comptes

L’estimation de 70 à 90 € concerne le seul EPR de Flamanville, si ce dernier n’est pas construit en série. (pages 225-226).

A terme, la facture d’électricité devrait augmenter de 30% (selon le Sénat)

Les seules sources que j’ai trouvées en ce sens sont de 2012, et expliquent l’augmentation du prix de l’électricité de la manière suivante :
« Voici les raisons qui pourraient aboutir à cette augmentation de l’électricité : le prix de l’électricité nucléaire historique suivant le rythme de l’inflation à hauteur de 2 % par an. […] La contribution au service public de l’électricité, la CSPE passé de 1,9 milliard d’euros en 2010 à plus de 5 milliards d’euros aujourd’hui. […] Il faut dire que le prix d’achat de l’électricité produite à partir d’énergies renouvelables est sept fois plus élevé que son prix de vente. […] Le régulateur évoque une hausse de 4 % par an, inflation comprise, du tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité, le TURPE, qui rémunère le transport d’électricité par RTE ».

Le coût de l’EPR de Flamanville serait passé de 3 milliards prévus à 9 milliard aujourd’hui.

J’en ai parlé plus haut : la conséquence est un coût du MWh de l’ordre de 80€.

Bure 13 à 17 milliards estimés au départ, contre 30-35 milliards selon l’ANDRA

Là encore, la fourchette de 15 à 35 milliards n’a rien de nouveau (elle date de 2003 (page 142)) et dépend de différents scénarios.

EDF aurait prévu 23 milliards prévus pour le démantèlement de ses centrales, ce qui est faible par rapport au coût des démantèlements de centrales américaines ou anglaises

EDF l’explique par le fait que les démantèlements ayant déjà eu lieu, concernaient les démantèlements de centrales uniques, et EDF compte faire des économie d’échelle sur des centrales construites en série. C’est sans doute discutable, mais ni osons causer ni moi n’avons les compétences pour en juger.

La vraie question est de savoir quelles sont les alternatives pour fournir suffisamment d’électricité pour les besoins actuels et futurs, et à quel coût. Les énergies renouvelables actuelles ne répondent pas à ces critères et il est hors de question de puiser dans les énergies fossiles.

 

Observez 117 ans de réchauffement climatique à Paris

Observez 117 ans de réchauffement climatique en France

C’est ce que nous proposent les Décodeurs à l’aide d’une infographie animée montrant les courbes annuelles de 1899 à 2016 pour la France et depuis 1873 pour Paris. Si l’exercice engendre un effet visuel mettant en évidence la prédominance des dernières décennies dans les années les plus chaudes, un simple graphique chronologique l’aurait également permis. Le résultat pose cependant questions.

Les graphes des décodeurs sont sourcés d’un laconique « Météo France » . Heureusement, la source du code permet de récupérer les valeurs utilisées, mois par mois. Je vais, pour la suite, utiliser les données parisiennes.

La seule station parisienne enregistrant les données depuis 1872 est la station Paris-Montsouris (ou ici). Cette station est assez mal classée (indices allant de 3 à 5 sur 5). Elle est classée 3/5 pour les température (médiocre) depuis 1999, les sondes ont été remplacées en 2006 et 2010. Elle est également classée B concernant la précision des températures (incertitude de 0.15°C) depuis 2009. Tout porte à croire que la situation antérieure était moins bonne (on remplace rarement du matériel pour perdre en précision). La station automatique a été installée en 1989.

Situation de la station météo Paris Montsouris

Situation de la station météo Paris Montsouris, à une soixantaine de mètres du boulevard des Maréchaux.

Il faut garder à l’esprit que les stations météorologiques n’ont pas été conçues pour étudier le climat : leur marge d’erreur est souvent, encore aujourd’hui, de l’ordre de 0,5°C. Ce qui est énorme lorsqu’on prétend détecter un réchauffement climatique d’un ordre de 2 fois plus grand sur un siècle et demi, avec une précision 50 fois moins grande, c’est à dire au centième de degré.

Les relevés de température

Afin d’homogénéiser les données de la station, je les ai moyennées sur 10 ans : Cela nous permet de suivre l’évolution des enregistrements en s’extrayant des artefacts de mesures.

graph 1882-2016 moyenne decennale

Évolution de la température de 1882-2016, en moyenne décennale Le point zéro correspond à la mesure de la moyenne 1873-1882.

À première vue, il existe au moins deux interrogations :

Alors que tous les spécialistes s’accordent à dire que le réchauffement climatique d’origine humaine n’est pas perceptible avant les années 1950, nous observons un réchauffement de l’ordre 0.6°C entre 1895 et 1901. En 6 ans seulement, la ville de Paris aurait enregistré une augmentation des températures équivalent aux 2/3 du réchauffement global mesuré sur 150 ans au niveau planétaire. Et à l’époque, personne ne s’est aperçu de rien : pas de vendanges précoces, d’oliviers plantés dans le parc Montsouris, de migration ou disparition d’animaux ou autres caractéristiques bien connues : Rien. Vers 1950, alors que le réchauffement n’est pas censé être perceptible, le réchauffement parisien culmine à 1,5°C : près de deux fois le réchauffement officiellement constaté au niveau planétaire aujourd’hui, toujours sans que personne ne s’aperçoive de rien. Pire, dans les années 70, la crainte était un refroidissement climatique : Sur la base des mêmes mesures, le Monde titrait le 23 juin 1971 « Quand la Terre se refroidit » , où l’on pouvait lire « Beaucoup de spécialistes semblent d’accord pour reconnaître que la tendance climatique actuelle est au refroidissement. » Sans que l’on n’en connaisse les raison à l’époque, malheureusement.

Selon les mesures de la station Montsouris, la température a augmenté de près de 2.5°C depuis 1882. Trois fois l’augmentation supposée du réchauffement climatique d’origine humaine. Ce résultat est à lui seul totalement délirant : tenter une quelconque démonstration à partir de ces données est un non sens.

Un siècle et demi d’urbanisme

Évolution des températures à Paris

Évolution de la température de 1882-2016, en moyenne décennale Le point zéro correspond à la mesure de la moyenne 1873-1882.

Le 14e arrondissement de Paris est créé en 1860. Sa population est alors de 52000 habitants, celle du quartier Montsouris de 1400 habitants. Wikipedia précise « C’était à l’époque une zone rurale périurbaine, où seuls les abords de la route de Gentilly à Paris (rue de la Santé et rue de l’Amiral-Mouchez) ainsi que l’hôpital Sainte-Anne, possédaient quelques constructions. » La population du 14e arrondissement a depuis triplé et celle du quartier de Montsouris multipliée par 15 à près de 20000 habitants (15000 habitants/km2). Montrouge, à 500 mètres de la station météo, était une petite agglomération entourée de champs de 8600 habitants en 1882, c’est aujourd’hui une ville de 50000 habitants.

Le boulevard des Maréchaux, créé à la même époque que le parc, est à une soixantaine de mètres de la station météorologique.

À moins de 100 mètres a été bâtie la cité internationale universitaire entre 1925 et 1938. Les rues qui entourent le parc sont bâties au cours du XXe siècle.

Le boulevard périphérique ouvert en 1973 est à 400 mètres à peine. En France, le nombre de véhicule a triplé depuis 1970, et le nombre de milliards véhicules.km (ou ici) est passé de 419,8 en 1990 à 560,4 en 2010. La construction de nouvelles routes et l’explosion de la circulation ne sont sans doute pas sans incidence sur les effets d’îlot urbain (ou ici).

C’est donc sur la base de ces données météorologiques contestables, car d’une précision inconnue jusqu’en 2009 mais probablement de l’ordre du demi degré et ne prenant manifestement pas en compte l’évolution urbaine, que s’appuient les Décodeurs pour prouver l’existence d’une accélération de la hausse des températures à Paris depuis 1880.