Archives mensuelles : août 2016

Anthrax en Siberie

Libération, mais aussi les autres médias jusqu’aux JT de 20h s’en sont fait l’echo : une épidémie d’anthrax due à la décomposition d’animaux décédés depuis des siècles ou plus s’est déclarée en Sibérie où le pergelisol fond à cause du réchauffement climatique.

Les températures moyennes avoisinent les 35 degrés – contre 17 habituellement à la même saison.

Faktoriya-temperatures-juillet-2016

Températures enregistrées à Faktoryia en juillet 2016. Source

La région (a priori vers Faktoriya) a enregistré une canicule inhabituelle le mois dernier. Si l’on ne peut pas exclure un pic à 35°C, force est de constater que les enregistrements n’ont pas excédé les 25°C. Par ailleurs, 35°C n’est pas un record. Les maximales à  Yanov Stan par exemple, sont de 36.3°C en juin, et 35.2°C en juillet, comme à Nyda . On trouve même plus de 39°C à Kikiakki : comparer une moyenne mensuelle calculée sur plusieurs années voire décennies à celle de l’année en cours est pour le moins malhonnête : il a toujours existé des années chaudes et des années froides.

Les derniers cas d’anthrax remontaient à 75 ans

Ce qui nous indique que ce phénomène s’est déjà produit. Il y a 75 ans : Si tel est le cas, ou le pergélisol a déjà fondu dans le passé, ou les cas d’anthrax ont une autre cause : On trouve des cas d’anthrax dans d’autres régions de la Sibérie, comme en atteste cet article de 2012.

La source probable du journaliste, issue d’un média sibérien, est factuelle : un enfant est décédé après avoir contracté  l’anthrax. Sa grand-mère est décédée pour une raison inconnue. D’autres malades ont été hospitalisés. La majorité des personnes touchées sont des nomades éleveurs de rennes.

Cimetière Nenets, Sibérie

Cimetière Nenets, Sibérie. Source : Siberiantimes

Dans un premier temps, la cause de linfection n’était pas connue, et les soupçons se sont d’abord portés sur la canicule, avec des températures de l’ordre de 25 à 35°C (et non pas températures moyennes avoisinent les 35°C comme le rapporte Libé), faisant fondre le permafrost et libérant ainsi la maladie. Il semblerait néanmoins que l’infection pourrait provenir d’un cimetière Nenets proche,  où des restes humains auraient pu propager l’anthrax : Il est de coutume, dans ces régions, de faire reposer les corps dans des sortes de boîtes, sans les enterrer. Le 2 août toujours, la canicule ne semble pas inquiéter plus que ça les autorités, qui craignent avant tout l’extension de l’épidémie par le biais de la viande et des animaux et non par la fonte du permafrost.

Un article du 3 août 2016 nous apprend que les premiers cas d’anthrax sont apparus il y a 5 semaines, et que l’épidémie n’a pu se développer que parce que les animaux n’étaient pas vaccinés, par choix politique.

Enfin, le 5 août 2016, la piste du cimetière nenets semble confirmée, rejetant la thèse apocalyptique d’une bactérie ancestrale réveillée par le réchauffement climatique. D’ailleurs, les températures sont depuis retombées bien en-dessous de la normale. L’épidémie aura été traité avec beaucoup de professionalisme par les autorités locales qui semblent habituées à ce genre de problèmes.

La montée des eaux de l’Atlantique provoquerait la disparition d’un bidonville au Liberia

L’information vient de l’AFP. le bidonville de West Point à Monrovia au Liberia serait en passe de disparaître à cause de la montée des eaux de l’Atlantique. Évidemment, lorsqu’une telle information est diffusée par l’AFP, elle est reprise en boucle sur de nombreux médias (Le Monde, Orange, Yahoo, France24, etc) qui la relaient sans vérifier. Et les personnes sensibilisées au réch chang déréglement climatique se croient obligées d’amplifier l’information sur les réseaux sociaux.

L’inexorable… RT @AFP_Afrique: La mer chasse de chez eux les habitants du plus grand bidonville du Liberia https://t.co/23CDwEMgi1

— Cécile Duflot (@CecileDuflot) July 25, 2016

Face à ce flux d’articles concordants car issus d’une source unique, il est compliqué d’en trouver l’origine, et donc d’en vérifier l’authenticité : il semble en effet étonnant que ce désastre survienne depuis 2 ans sans évènements précurseurs, suite à la montée des eaux de l’Atlantique. Une autre cause est-elle envisageable ?

Quelle est l’ampleur de la montée des eaux au Liberia ?

Confrontons la thèse de la montée des eaux aux mesures objectives, celles des marégraphes. Il se trouve que les marégraphes publient leurs mesures sur Internet. Et qu’il en existe un au Libéria, à Monrovia exactement, dont voici les mesures prises sur un an tous les 5 ans :

Niveau de la mer relevé par le marégraphe de Monrovia au Libéria, de 1970 à juin 2016

Niveau de la mer à marée haute, relevé par le marégraphe de Monrovia au Liberia, de 1970 à juin 2016

Année Moyenne marée haute (cm) Maxi marée haute (cm)
1970 115.3 151
1975 119.3 151
1980 119.5 150
1985  117.9 148
1990  117.6 144
1995  119.5 148
2000  119.3 147
2005  117.3 149
2010  119.0 152
2015  120 151
2016 (jan-juin)  120.5 147

Le graphique est assez clair : il n’existe aucun niveau record des marées depuis 1970.

D’autres causes peuvent-elles être envisagées ?

West Point, comme une partie du litoral liberien, est victime d’érosion. La page anglophone de Wikipedia l’attribue aux dégradations environnementales dues à la surpopulation, en s’appuyant sur l’article paru en 2007 « West Point, Liberia: An environmental menace » de Morris T. Koffa dans « The Liberian Dialogue » . Cette thèse est par ailleurs précisée par Eugene Shannon, ministre des territoires liberiens en 2008, où il mentionne le pillage, par les populations locales, de pierres ou éléments métalliques censés protéger les côtes de l’érosion.

Conclusion

Le problème d’érosion des côtes existait donc avant ces deux dernières années ; Et non, la montée des eaux n’a pas pu provoquer les catastrophes citées dans la brève de l’AFP pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas eu de montée des eaux significative à Monrovia depuis une cinquantaine d’années. Reste la seule information crédible de la dépêche, la détresse des populations locales. Mais qui s’en soucie vraiment ?