Archives mensuelles : juillet 2016

Je ne suis pas expert en commerce ni en urbanisme, mais…

La « Semaine de Nancy » n° 320 (23 au 29 juin 2016) titre, à propos des mesures prises en faveur du commerce nancéien et suite à expertise de M. Développeur de centre-ville, « Commerce : intentions et actions ». L’article détaille les mesures envisagées par la ville de Nancy pour sortir les commerces nancéiens de la sinistrose.

  • Création d’un nouveau logo assorti du slogan « le shopping style, c’est Nancy ville »
  • 100 000 sacs en coton bio reprenant le visuel, vendus 2 € ou donnés si le commerçant estime que vous le valez bien
  • 2 emplois précaires pour orienter les acheteurs (lorsque vous déambulez en ville, vous êtes un acheteur)
  • une aide à l’installation de nouveaux commerces innovants par le biais du réseau Alexis et la location d’un local à bas coût
  • Et… Voilà.

Je ne suis pas spécialiste en commerce ni en urbanisme, mais je me targue d’avoir une solide expérience de badaud et de client. À mon humble avis, les solutions proposées font l’impasse sur les facteurs les plus importants de la crise des commerces nancéiens, à savoir les déplacements  et le développement des zones commerciales en périphérie.

Lorsque je me suis installé en banlieue de Nancy voici maintenant plus de 20 ans, le Grand Nancy engageait d’importants travaux visant à fluidifier la circulation automobile. À l’époque, le centre ville était atteignable en voiture depuis mon domicile en moins de 10 minutes, sur 3 parcours différents : une fois le premier feu passé au vert, on ne s’arrêtait plus avant d’atteindre le centre ;

À la même époque, le réseau de transports en commun était encore efficace. Un réseau de trolleybus assurait les lignes principales tandis que des bus classiques desservaient efficacement l’ensemble de la CUGN. Les bus profitaient également du réglage des feux visant à fluidifier la circulation.

Y circuler à vélo était une plaie ; les piétons n’étaient pas à l’honneur non plus.

À l’instar de la plupart des villes faisant face à la congestion automobile, Nancy a modifié sa politique de circulation, notamment par suppression de la priorité donnée aux feux (onde verte) pour les voitures et cession d’une partie de l’espace qui leur était dédié à l’usage exclusif des transports en commun. Le temps d’accès  au centre ville m’est passé de 10 minutes à un quart d’heure, puis 20 minutes ou plus aujourd’hui. Par la route la plus rapide. Y compris tôt le dimanche matin, lorsque je suis seul sur la route. Les parkings gratuits situés autour du centre-ville sont devenus payants, leur ôtant ainsi tout intérêt.

Le parking Sainte-Catherine situé aux abords du centre-ville, était autrefois remplis de voitures. Il est evenu payant

Le parking Sainte-Catherine situé aux abords du centre-ville, était autrefois incontournable pour qui désirait se rendre dans le secteur de la Pépinière, place Stanislas ou rue Saint-Jean. Il est devenu payant en janvier 2015. Bien que quasiment vide, la maréchaussée y contrôle régulièrement le paiement de l’horodateur.

Les transports en commun sont en mutation continue depuis l’an 2000, coïncidant avec la création de la ligne 1 du « tramway ». Ce dernier n’a jamais atteint la cadence ni la vitesse prévues. À ce jour, aucune ligne dite structurante ne dessert une sortie importante d’autoroute, ni n’incite les automobilistes venant de l’extérieur de la communauté urbaine à emprunter les transports en commun ; de toute façon, le nouveau paradigme d’ « intermodalité » en vogue (faisant l’impasse sur le vélo et s’appuyant sur des modalités disparues) fait perdre tellement de temps qu’il n’incite  pas à quitter sa voiture. Mieux, dans mon voisinage, certains ont renoncé aux transports en commun et investi dans une voiture : il y a encore 3 ans, un bus passait dans ma rue et m’emmenait 100 mètres de la place Stanislas en 20 minutes. Aujourd’hui, le premier arrêt est à 5 minutes de marche et le même trajet dure de 30 à 40 minutes en fonction de la correspondance (intermodalité oblige). Et le niveau de service devrait encore diminuer en septembre 2016.

Un réseau cyclable aux petits oignons

Un réseau cyclable aux petits oignons

La suppression des ondes vertes n’a pas bénéficié aux cyclistes ni à aucun autre usager (à l’exception de transports en commun, rendus prioritaires sur certains axes). Pourtant une onde verte à 30 km/h serait bénéfique pour les deux modes de locomotion. Une onde verte à 20 km/h gênerait tout autant les automobilistes tout en favorisant le vélo. Mais non. Les circuits cyclables n’ont pas été pensés ni mis en place le long de certaines lignes en site propre dites « structurantes » de l’agglomération comme l’impose pourtant la loi. Certaines voies de transports en commun sont « autorisées aux cyclistes ». D’autres pas. Ce n’est pas forcément bien indiqué. Ni pratique. Si la ville revendique plus d’une centaine de kilomètres de voies cyclables, il ne faut pas y croire : sont considérées comme voies cyclables les zones « 30 » qui autorisent le contresens cyclable, souvent dangereux. Lorsqu’il est praticable ; les bandes cyclables ont pour vocation première le stationnement automobile « pour 5 minutes » selon un système de tolérance abscons et parfaitement assumé ; les parcours cyclables sont incohérents ; il reste interdit de circuler en toute sécurité sur les voies du « tramway ». Pour leur sécurité, les cyclistes doivent circuler sur la chaussée en compagnie des voitures qui les dépassent à cheval sur… La voie du tram : circuler à vélo à Nancy reste une plaie.

Les piétons, quant à eux, n’ont bénéficié en rien de la baisse de niveau de service des autres usagers : en dehors de la piétonisation de la place Stanislas et de la place Thiers, aucune zone n’a été rendue aux piétons. Les voitures circulent juste moins vite, mais la voirie leur reste dédiée et elles stationnent toujours sur les trottoirs au nom de la tolérance absconse et assumée citée plus haut.

En résumé, aucun moyen de transport n’a vu sa situation s’améliorer en 20 ans, il est simplement plus pénible d’atteindre le centre de Nancy.

Projet d'échangeur A330 pour Cora Houdemont

Projet d’échangeur A330 pour Cora Houdemont aux frais du contribuable grand nancéien en 2004, en vue d’adapter les échangeurs autoroutiers à l’extension de la zone commerciale.

Parallèlement, les zones commerciales en périphérie n’ont cessé de croître. Pour exemple, le centre commercial Houdemont a sans doute doublé sa superficie sur ces 20 dernières années, a doublé sa superficie de parkings en créant un étage de stationnement. Les terrains alentours ont été viabilisés et transformés en une immense zone commerciale proposant une offre similaire à celle du centre-ville ; Cet endroit m’est accessible en 5 minutes grâce aux investissements en infrastructures du Grand Nancy dans les années 90 et 2000, sans soucis de stationnement. Une seconde zone commerciale de même ampleur se situe à une dixaine de minutes de chez moi. Je pense que tout grand-nancéien dispose de la même offre commerciale.

Il est certes plus sympathique de flâner dans les rues de la ville vieille ou faire son shopping dans les rues commerçantes de Nancy que de fréquenter les hideuses zones commerciales sises en périphérie, mais les contraintes imposées par la ville qui a voulu bouter la voiture hors les murs sans avoir permis aux gens clients de venir par d’autres moyens, ont eu raison de l’attractivité du centre-ville. Tel est mon sentiment de grand-nancéien, badaud et client.