Observez 117 ans de réchauffement climatique à Paris

Observez 117 ans de réchauffement climatique en France

C’est ce que nous proposent les Décodeurs à l’aide d’une infographie animée montrant les courbes annuelles de 1899 à 2016 pour la France et depuis 1873 pour Paris. Si l’exercice engendre un effet visuel mettant en évidence la prédominance des dernières décennies dans les années les plus chaudes, un simple graphique chronologique l’aurait également permis. Le résultat pose cependant questions.

Les graphes des décodeurs sont sourcés d’un laconique « Météo France » . Heureusement, la source du code permet de récupérer les valeurs utilisées, mois par mois. Je vais, pour la suite, utiliser les données parisiennes.

La seule station parisienne enregistrant les données depuis 1872 est la station Paris-Montsouris (ou ici). Cette station est assez mal classée (indices allant de 3 à 5 sur 5). Elle est classée 3/5 pour les température (médiocre) depuis 1999, les sondes ont été remplacées en 2006 et 2010. Elle est également classée B concernant la précision des températures (incertitude de 0.15°C) depuis 2009. Tout porte à croire que la situation antérieure était moins bonne (on remplace rarement du matériel pour perdre en précision). La station automatique a été installée en 1989.

Situation de la station météo Paris Montsouris

Situation de la station météo Paris Montsouris, à une soixantaine de mètres du boulevard des Maréchaux.

Il faut garder à l’esprit que les stations météorologiques n’ont pas été conçues pour étudier le climat : leur marge d’erreur est souvent, encore aujourd’hui, de l’ordre de 0,5°C. Ce qui est énorme lorsqu’on prétend détecter un réchauffement climatique d’un ordre de 2 fois plus grand sur un siècle et demi, avec une précision 50 fois moins grande, c’est à dire au centième de degré.

Les relevés de température

Afin d’homogénéiser les données de la station, je les ai moyennées sur 10 ans : Cela nous permet de suivre l’évolution des enregistrements en s’extrayant des artefacts de mesures.

graph 1882-2016 moyenne decennale

Évolution de la température de 1882-2016, en moyenne décennale Le point zéro correspond à la mesure de la moyenne 1873-1882.

À première vue, il existe au moins deux interrogations :

Alors que tous les spécialistes s’accordent à dire que le réchauffement climatique d’origine humaine n’est pas perceptible avant les années 1950, nous observons un réchauffement de l’ordre 0.6°C entre 1895 et 1901. En 6 ans seulement, la ville de Paris aurait enregistré une augmentation des températures équivalent aux 2/3 du réchauffement global mesuré sur 150 ans au niveau planétaire. Et à l’époque, personne ne s’est aperçu de rien : pas de vendanges précoces, d’oliviers plantés dans le parc Montsouris, de migration ou disparition d’animaux ou autres caractéristiques bien connues : Rien. Vers 1950, alors que le réchauffement n’est pas censé être perceptible, le réchauffement parisien culmine à 1,5°C : près de deux fois le réchauffement officiellement constaté au niveau planétaire aujourd’hui, toujours sans que personne ne s’aperçoive de rien. Pire, dans les années 70, la crainte était un refroidissement climatique : Sur la base des mêmes mesures, le Monde titrait le 23 juin 1971 « Quand la Terre se refroidit » , où l’on pouvait lire « Beaucoup de spécialistes semblent d’accord pour reconnaître que la tendance climatique actuelle est au refroidissement. » Sans que l’on n’en connaisse les raison à l’époque, malheureusement.

Selon les mesures de la station Montsouris, la température a augmenté de près de 2.5°C depuis 1882. Trois fois l’augmentation supposée du réchauffement climatique d’origine humaine. Ce résultat est à lui seul totalement délirant : tenter une quelconque démonstration à partir de ces données est un non sens.

Un siècle et demi d’urbanisme

Évolution des températures à Paris

Évolution de la température de 1882-2016, en moyenne décennale Le point zéro correspond à la mesure de la moyenne 1873-1882.

Le 14e arrondissement de Paris est créé en 1860. Sa population est alors de 52000 habitants, celle du quartier Montsouris de 1400 habitants. Wikipedia précise « C’était à l’époque une zone rurale périurbaine, où seuls les abords de la route de Gentilly à Paris (rue de la Santé et rue de l’Amiral-Mouchez) ainsi que l’hôpital Sainte-Anne, possédaient quelques constructions. » La population du 14e arrondissement a depuis triplé et celle du quartier de Montsouris multipliée par 15 à près de 20000 habitants (15000 habitants/km2). Montrouge, à 500 mètres de la station météo, était une petite agglomération entourée de champs de 8600 habitants en 1882, c’est aujourd’hui une ville de 50000 habitants.

Le boulevard des Maréchaux, créé à la même époque que le parc, est à une soixantaine de mètres de la station météorologique.

À moins de 100 mètres a été bâtie la cité internationale universitaire entre 1925 et 1938. Les rues qui entourent le parc sont bâties au cours du XXe siècle.

Le boulevard périphérique ouvert en 1973 est à 400 mètres à peine. En France, le nombre de véhicule a triplé depuis 1970, et le nombre de milliards véhicules.km (ou ici) est passé de 419,8 en 1990 à 560,4 en 2010. La construction de nouvelles routes et l’explosion de la circulation ne sont sans doute pas sans incidence sur les effets d’îlot urbain (ou ici).

C’est donc sur la base de ces données météorologiques contestables, car d’une précision inconnue jusqu’en 2009 mais probablement de l’ordre du demi degré et ne prenant manifestement pas en compte l’évolution urbaine, que s’appuient les Décodeurs pour prouver l’existence d’une accélération de la hausse des températures à Paris depuis 1880.

 

 

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