Archives mensuelles : octobre 2015

Du totalitarisme climatique

Suite à la parution de son livre « Climat Investigation » par lequel il relativise le catastrophisme de bon aloi qui secoue la sphère médiatique à l’approche de la COP21, Philippe Verdier se voit attaqué de toutes parts par les grands journaux français. La palme de ces attaques revient sans conteste au Monde.

Décodons les décodeurs

Les décodeurs du Monde entendent démonter le livre de Philippe Verdier en 4 points :

1. Les incertitudes à propos du réchauffement climatique « sciemment gommées » par le GIEC ?

Faux, répondent les Décodeurs.

Les gommages du rapport destiné aux décideurs

Pourtant, on peut trouver de nombreux « gommages » des incertitudes dans le rapport du GIEC. Dès le premier graphique, page 21, les températures de la planète depuis 1850 figurent sans aucune incertitude, alors qu’elle était de l’ordre de 0,08°C (environ ±0.14°C pour les terres et ±0.04 pour les océans) en 2012 pour la NOAA et évidemment beaucoup plus élevée en 1850 :

Anomalie de températures, rapport AR5 du GIEC

Anomalie observée de températures moyennes en surface, combinant les terres émergées et les océans, de 1850 à 2012, WG1AR5_Summary du GIEC version française

voici un autre exemple tiré de la page 27 du rapport :

L’acidification de l’océan est quantifiée par la diminution du pH. Le pH de l’eau de mer a diminué de 0,1 depuis le début de l’ère industrielle (degré de confiance élevé), soit une augmentation de 26 % de la concentration en ions hydrogène (voir figure RID.4).

Cette affirmation, pour le moins péremptoire et avec un degré de confiance élevé, repose sur des mesures directes débutant à la fin des années 1980 dans 3 stations situées dans l’océan Atlantique et Pacifique (figure RID.4 + légende sur la même page).

Aujourd’hui, un bon pH-mètre est précis à 0,02 unités près : il s’agit à minima de l’incertitude  des mesures modernes en conditions de laboratoire. Les courbes fournies rapportent une évolution du pH de l’ordre de -0.03 pH (± 0.02 au mieux) sur 30 ans (en étant gentil, vu le chaos que constituent ces courbes) ;

Quid de l’incertitude des mesures plus anciennes qui ne figurent pas sur le schéma ? Les mesures ont-elles été faites par pH-mètre ? Avec quelle précision ? Par proxies (forcément beaucoup moins précis) ?

Quid des mesures « au début de l’ère industrielle » que l’on peut situer au milieu de XIXe siècle, une soixantaine d’années avant les méthodes de mesure de la concentration  en ions d’hydrogène et la formalisation du pH (par le chimiste danois  Søren Sørensen) ?

Le pH est susceptible de varier en un même endroit durant une même journée de plusieurs dixièmes d’unités en fonction de la température, de la pression atmosphérique, des conditions météo, du courant marin et d’autres paramètres. Quelle l’incertitude peut-on en déduire ?

Le pH des océans se situe habituellement entre 7.5 et 8.4. Le GIEC nous indique avoir mesuré une baisse de l’ordre de 0,03 pH à environ 8.1 en 30 ans sur 3 points de la planète : quelle réalité cela revêt-il pour le reste des océans ?

Dans le rapport du GIEC, on ne voit pas d’incertitude, ni dans le texte, ni dans la figure RID.4, ni dans la légende : Pourquoi  ?

Par ailleurs, s’il est admis dans les milieux scientifiques que l’échelle logarithmique du pH est adaptée pour mesurer le potentiel hydrogène (appelez cela un consensus), c’est avant tout dans un soucis de lisibilité. Déroger à cette règle en évoquant une augmentation de 26% de la concentration en ions hydrogène devrait être motivé par une raison valable : quelle est-elle ?

Les incertitudes peuvent porter sur les couleurs, superpositions, échelles, etc. des schémas, mais également sur le ton donné à l’ensemble.

Les gommages des incertitudes par les médias

Sans parler, bien entendu, du gommage de l’incertitude issu de l’interprétation des journalistes. Ainsi Audrey Garric, Chef adjointe du service Planète/Sciences du Monde affirme-t-elle suite à la parution de ce rapport : « Le verdict est tombé : la température de la terre pourrait grimper jusqu’à 4,8 °C d’ici à 2100 et le niveau des océans s’élever de près de 1 m » , ce qui est bien entendu assez éloigné de la vérité :

Scénarios du GIEC, températures et montée des océans en 2100

Tableau page 38 du rapport : pour le coup, il y a de la belle incertitude qui décoiffe : de 0.3°C à 4.8°C et de 26 cm à 82cm en 2100. Mais là, ce sont les journaleux qui n’en parlent pas…

2. Les scientifiques du GIEC, payés par les gouvernements ?

Faux, nous indiquent les Décodeurs.

Certes, « l’administration du GIEC » n’est pas à proprement parler « les scientifiques du GIEC« , mais l’affirmation posée par M. Verdier, telle que je la comprends, se rapporte à la politisation des publications du GIEC. Si l’on se réfère au schéma fourni dans l’article des Décodeurs, ce sont bien les gouvernements qui financent le bidule. Karl Ritter de Associated Press a publié le 19/09/2013 dans le  Huffington Post « Un rapport de l’ONU note un ralentissement du réchauffement climatique » qui relate les dernières négociations avant publication du 5ème rapport du GIEC en 2013, et apporte  un éclairage édifiant sur le rôle des gouvernements-financeurs :

Mais plusieurs gouvernements qui ont pris connaissance du document ont contesté la manière dont la question était traitée. L’Allemagne a demandé à ce que la référence au ralentissement soit retirée, affirmant qu’une période de 10 ou 15 ans est trompeuse dans le contexte des changements climatiques, un phénomène qui se mesure sur des dizaines et des centaines d’années.

Les États-Unis ont demandé l’ajout de l’hypothèse principale selon laquelle ce ralentissement du réchauffement serait attribuable à un transfert plus important de chaleur vers le fond des océans.

La Belgique s’est objectée au choix de 1998 comme année de départ, puisqu’il s’agit d’une année exceptionnellement chaude. Tout graphique qui débute en 1998 sera essentiellement plat, puisque les années suivantes ont été plus fraîches. Un graphique débutant en 1999 ou 2000 témoignerait d’une légère tendance à la hausse.

On pourrait également citer les nombreux articles publiés à l’automne 2013, peu avant et après la publication du rapport, tels que « Par prudence, le GIEC aurait sous-estimé les effets du réchauffement » de Stéphane Foucard du Monde qui cite Naomi Oreskes, historienne des sciences et auteure de « Les marchands de doute » , que l’on peut difficilement qualifier de climato-sceptique : « Pour quelles raisons le GIEC tend-il souvent à minimiser la menace ? L’implication des gouvernements dans le processus du GIEC y contribue sans doute, dit en substance Naomi Oreskes. »

La rédaction du rapport pour les décideurs, le seul à peu près lu par les politiques et les journalistes spécialistes du climat, semble donc bel et bien politisé.

3. En France, les hivers plus doux sont-ils une bonne chose ?

Plutôt faux, selon les Décodeurs

Pour quelle obscure raison le climat de 1850 qui suit une période froide appelée « petit âge glaciaire » lui même précédé par une période chaude appelée « l’optimum médiéval » , et qui précède un réchauffement sur le siècle et demi suivant, serait le bon climat bien réglé et qui convient à toute la planète ? Pourquoi n’y aurait-il pas des aspects positifs à ce réchauffement ? Par ailleurs, comment expliquer que les grandes civilisations humaines se soient développées lors de périodes plus chaudes (qui ont existé, malgré le réglage du climat aux bonnes valeurs) ?

Je n’ai pas de réponse à ces questions ; peut-être le livre de M. Verdier en apporte-t-il. Mais la réponse des Décodeurs ne me convainc pas, en ce qu’elle s’appuie sur UNE épidémie de grippe sur UN hiver plus doux que la moyenne, sur des modèles climatiques réputés fiable (on y vient), sur des cultures qui en souffriront dans le futur (pourquoi n’en souffrent-elles pas déjà ?) et sur l’inévitable conditionnel qui permet de s’affranchir de toute responsabilité dans le futur.

4. Les modèles climatiques, pas fiables ?

Faux, répondent les Décodeurs

« Pour vérifier la précision des modèles climatiques, ceux-ci sont testés sur le climat passé » nous assènent-ils. En admettant que ces modèles aient fonctionné sur le climat du passé, cela ne prouve en aucun cas leur fiabilité pour le futur : il est aisé de construire un modèle qui reproduit des séries connues.

Le graphique choisi par les Décodeurs pour illustrer la fiabilité des modèles, est issu du Third Assessment Repport du GIEC publié en 2001. 15 ans se sont écoulés depuis, et certains climatologues tels que Judith Curry, John Christy, Roy Spencer et quelques autres, émettent les plus grandes réserves quant à leur fiabilité. Ainsi le climatologue Roy Spencer a-t-il publié il y a quelque temps un graphique représentant les températures prévues par les modèles à compter de 1979 et les mesures du monde réel. Force est de constater qu’il y a divergence, laquelle s’est justement aggravée à compter de la fin des années 1990 :

Observations vs modèles

Observations (carrés bleus et cercles verts) vs modèles (les courbes, la courbe engraissée noire représentant l’hypothèse moyenne). Source : Ph. D. Roy Spencer.

Divergence modèles climatiques vs observations par John Christy

Divergence modèles climatiques vs observations par le climatologue Ph. D. John Christy lors de sa présentation au « Senate Environment and Public Works Committee » en 2012. Source : page 13 de ce document.

Licenciement de Philippe Verdier

L’article des Décodeurs suit la ligne éditoriale alarmiste que se sont fixés les grands médias français : Même si M. Verdier réfute son climato-scepticisme et se contente de relativiser l’Apocalypse climatique avec des arguments mesurés, c’en est déjà trop. Il faut faire taire l’importun.

Concernant le climat, les journalistes ne sont plus Charlie

Plus grave et révélatrice du climat délétère sur le sujet du réchauffement climatique est la réaction d’Audrey Garric, Chef adjointe du service Planète/Sciences du Monde, qui n’hésite pas à se réjouir du licenciement de M. Verdier :

M. Verdier n’a pourtant commis aucune infraction, aucun délit, aucune faute professionnelle. Il a usé de son droit d’expression, lequel lui est reconnu par les articles 9 et 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, je cite :

Article 9
1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.

Article 10
1. Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n’empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d’autorisations.

Pour les « journalistes » spécialistes du climat, le sujet n’est plus d’ordre scientifique mais d’ordre politico-religieux avec ses croyances, ses Dogmes, ses prêtres, son prosélytisme, son totalitarisme et son Apocalypse. Preuve en est la réaction d’Audrey Garric lorsqu’une étude semble  confirmer le Dogme (notez le souriard) :

Toute atteinte au Dogme, aussi insignifiante soit-elle, justifie donc l’excommunication, la mise à pied et le déshonneur.

Dans un soucis de cohérence intellectuelle vaguement lié à une certaine déontologie et suite à son article « La banquise pourrait complètement disparaître d’ici à 4 ans » publié le 18/09/2012, Mme Garric démissionnera-t-elle si, pour improbable que ce soit, il reste une surface significative de banquise à la mi-septembre 2016 (pour 2015, c’est d’ores et déjà raté) ? À moins que le conditionnel n’ait valeur de contrition et vaille absolution dans l’Église de l’Apocalypse climatique ?