Archives mensuelles : juin 2015

La côte ouest des Etats-Unis en proie à de spectaculaires incendies

C’est le titre d’un article du Monde de Corine Lesnes, lequel relate avec force exemples et témoignages la catastrophe qui s’annonce pour l’été. En cause, le réchauf changement cimatique, bien entendu.

Un commentaire de Graphisto à cet article a attiré mon attention, et je vais tenter d’y répondre ici (les commentaires du Monde étant réservés aux abonnés) :

Que sont les climato-sceptiques devenus? dans la fosse du même nom?

Le sceptique que je suis a lu cet article d’un œil critique, l’absence de sources et de données factuelles constituant le premier indice du potentiel WTF de la substance de ce dernier.

Pour en avoir le cœur net, il convient de vérifier les informations en consultant des sources fiables et en croisant les données le cas échéant. Et les sources que j’ai trouvées, elles ne racontent pas la même histoire.

L’article du Monde débute sur la situation en Alaska, où les incendies se révèleraient catastrophiques « cette année [à cause d’]une vague de chaleur exceptionnelle ». Dans les faits, au 22 juin 2015, 230000 acre (~100000ha) ont brûlé, contre 223000 à la même date l’an dernier et 344000 en 2013. Rien de bien impressionnant, donc. Source.

La même source propose des statistiques depuis 1990 : on y trouve une grande variabilité annuelle des incendies, dans laquelle s’inscrivent ces dernières années bêtement moyennes.

Évolution de la superficie brûlée et du nombre de départs de feux en Alaska, de 1990 à 2014.

Évolution de la superficie brûlée et du nombre de départs de feux en Alaska, de 1990 à 2014.

L’article se poursuit en évoquant le cas préoccupant de la Californie. La sécheresse californienne qui fait tant glauser n’a pourtant rien d’exceptionnel si l’on en croit les données de la NOAA. Il s’agit de la 26e période de 12 mois (juin à mai de l’année suivante) la plus sèche depuis le début des mesures. Le record a été établi de juin 1976 à mai 1977, période où les climastrologues prédisaient une nouvelle glaciation. Sur une période de 4 ans, il s’agit de la 6e la plus sèche. Rien de bien impressionnant. Source (jouez avec les paramètres).

S’ensuit le témoignage d’un responsable du centre de crise du Colorado qui évoque ses souvenirs sur le ton du « c’était mieux avant, y a plus de saisons ma pauv’ dame »… Selon les données du NICC, l’organisme américain qui coordonne les moyens de lutte contre les incendies de forêts, aucune tendance n’est vraiment discernable. source (cherchez « RM » (rookie mountains) pour le Colorado). La vérité se situe-t-elle dans les compilations de données factuelles, ou dans les souvenirs des gens ? Le Monde semble avoir choisi.

Par ailleurs, rien ne démontre une agravation des incendies aux États-Unis.

Évolution de la superficie brûlée et du nombre d'incendies aux États-Unis, entre 2000 et 2015. Source : NOAA

Évolution de la superficie brûlée et du nombre d’incendies aux États-Unis, entre 2000 et 2015 sur une anné glissante. Source : NOAA

Où sont les sceptiques, demandait Graphisto sur le ton du « vous voyez bien ». Or, ce qui différencie les sceptiques des « croyants », c’est le besoin de s’assurer qu’on ne leur raconte pas des carabistouilles. Et concernant le climat, c’est un véritable festival auquel se livrent la plupart des médias.

Même si les recherches et le recoupement de sources sérieuses restent chronophages, elles sont nécessaires pour évaluer la crédibilité des articles de presse. Le scepticisme est un devoir, pas une tare.

Climat : Mais que cherchent donc les écologistes ?

Par le biais d’un tweet de Volodia Opritchnik j’apprends que l’Éthiopie affiche des engagements à l’occasion du COP21 à Paris.

M. Opritchnik qualifie l’information « d’intéressante« , mais penchons nous sur la situation écologique et les objectifs que se voit fixer l’Éthiopie (copie du document ici : INDC-Ethiopia-100615) :

L’économie de l’Éthiopie, basée sur l’agriculture (45% du PIB et 85% des emplois), est fragile. La mécanisation y est quasiment inexistante. Les éthiopiens se chauffent au bois d’eucalyptus ou aux bouses de vache séchées. L’industrie représente 15% du PIB, et concerne la production de produits alimentaires, textile, habillement, teinture et vêtements en cuir, chaussures, bagages et sacs à main, fabrication de bois et dérivés. Le revenu moyen est de $470 par an.

L'agriculture éthiopienne n'est pas mécanisée. Le réseau électrique est artisanal.

L’agriculture éthiopienne n’est pas mécanisée. Le réseau électrique est artisanal. Source : photos Cédric AMEY, Éthiopie

L’électricité équipe 23% des foyers, et dans la majorité des cas, permet juste de s’éclairer à l’aide de quelques fluo-compacts L’Éthiopie a une capacité de 1000 MW de production, à 99% hydraulique et 1% éolien. Le pays est souvent sujet à la malnutrition, l’agriculture étant juste auto-suffisante (à l’exception du café qui constitue le gros des exportations). La quasi-totalité des routes ne sont pas goudronnées (la Chine y investit massivement toutefois), les camions qui y circulent sont hors d’âge, les voitures particulières constituent l’exception, l’éthiopien est un grand marcheur. Il n’y a pas de voies ferrées.

La marche à pied, moyen de transport ultra-majoritaire

Route nationale n°2, fraîchement bitumée en 2012. La marche à pied, moyen de transport ultra-majoritaire. Source : photos Cédric AMEY, Éthiopie

Un éthiopien consomme 51 KWh d’électricité et rejette en moyenne 100 kg de CO2 par an, soit 145 fois moins d’électricité et 56 fois moins de CO2 qu’un français ou 140 fois moins d’électricité et 91 fois moins de CO2 qu’un allemand.

En Éthiopie, le fer à repasser fonctionne au bois d'eucalyptus

En Éthiopie, le fer à repasser fonctionne au bois d’eucalyptus. Source : photos Cédric AMEY, Éthiopie

Le document par lequel l’Éthiopie s’engage pour sauver le climat nous apprend que les efforts porteront sur l’agriculture et notamment l’élevage, la déforestation, et le développement du réseau électrique par le biais des énergies renouvelables.

L’élevage provoquerait 45% des émissions de GES, pour 45% de PIB et 85% des emplois. Le texte prévoit que les efforts sur les émissions de GES porteront pour 35% sur l’agriculture, laquelle n’est ni mécanisée ni ne s’appuie sur des méthodes intensives. Cela revient à tuer l’élevage, et par conséquence l’agriculture qui ne pourra pas se mécaniser.

La déforestation éthiopienne a plusieurs causes. La première étant la nécessité de se chauffer et de cuire l’alimentation. Dans ce cas, les forêts sont généralement reboisées en eucalyptus. La seconde étant d’obtenir des terres arables.

Femme ramenant de l'eucalyptus pour le chauffage et la cuisine, environs d'Addis Abeba.

Femme ramenant de l’eucalyptus pour le chauffage et la cuisine, environs d’Addis Abeba. Source : photos Cédric AMEY, Éthiopie

Le transport, déficient , représente 3% des rejets. Il ne peut que se développer. Pourtant, le texte prévoit des efforts sur ce poste. L’objectif revient à n’immatriculer que des véhicules électriques d’ici 2030, alimentés par une électricité qu’il faudra bien évidemment produire.

Et c’est là que le bât blesse : la production électrique éthiopienne, notoirement insuffisante, est à près de 100% renouvelable. Pour le développement de la production, le document appelle à maintenir une production à 100% renouvelable par le biais de l’éolien et du photovoltaïque, deux moyens de production qui seront inefficaces dans le cadre du développement du pays, car intermittents, aléatoires et coûteux… Les écologistes sont évidemment opposés aux potentiels hydroélectriques pourtant prometteurs dans le pays : il ne faudrait pas non plus que les pays les plus pauvres se développent de manière inconsidérée.

Et donc, nos écologistes de se féliciter des politiques ubuesques qu’ils réussissent à imposer aux pays du tiers-monde sur l’autel d’un réchauffement climatique dont, s’il se vérifiait, ils ne seraient pas responsables :

Fantastique.