À propos de « 6 pays qui cherchent l’indépendance énergétique »

Un certain nombre de sites sur les internets reprennent tels quels les  propos de l’article « 6 pays qui cherchent l’indépendance énergétique » de . Mais ces 6 pays sont-ils si vertueux, enviable, et leur modèle généralisable ?

L’Islande

« L’Islande apparaît comme le pionner en matière d’énergies renouvelables. 100 % de son électricité et 81 % de ses besoins énergétiques primaires proviennent de sources renouvelables. »

Le potentiel en énergies renouvelables de l’Islande est de très loin supérieur à ses besoins : située sur la dorsale médio-océanique entre l’Europe et l’Amérique, son activité géothermique a permis au pays de développer la géothermie de manière exceptionnelle dès les années 1940 : la quasi-totalité des habitations islandaises sont chauffées par ce biais. Pays au relief important, 10% du territoire est constitué de glaciers qui alimentent de grandes rivières glaciaires. Ces rivières offrent une source importante d’électricité. Le potentiel est tellement énorme que l’Islande attire des industries très énergivores. Ces dernières consomment plus de 80% de l’électricité produite, contre 5% par les ménages.

Malgré un modèle énergétique vieux de 60 ans et fortement orienté vers les énergies renouvelables grâce à une géographie et une activité géothermique exceptionnelles, un vertueux islandais a émis 5,9 tonnes de CO2eq en 2011, contre 5,2 pour un français.

L’Éthiopie

« Le pays s’est engagé a à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 64% d’ici 2030 grâce aux énergies renouvelables »

Cette affirmation est juste fausse, et est issue d’une incompréhension du texte publié par ce pays dans le cadre des négociations sur le climat. L’Éthiopie s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 64% en 2030, par rapport à ce qu’elle aurait émis à cette même date sans faire d’effort particulier. Cela revient en fait à passer de 1.8 tonnes de CO2eq par habitant à 1.1. Cela revient aussi à interdire tout espoir de développement à l’un des pays les plus pauvres de la planète qui produit d’ores et déjà 100% de son électricité sans rejets de gaz à effet de serre mais de manière parfaitement insuffisante. L’agriculture n’ y est pas mécanisée et la circulation routière est juste anecdotique : comment baisser les émissions de CO2 dans ces conditions ?

Le modèle éthiopien reposerait sur le maintien ou le retour à la pauvreté et à la malnutrition.

La Norvège

« Aujourd’hui, 60 % de l’énergie consommée en Norvège provient d’une source renouvelable. Et depuis 2009, une partie du fonds pétrolier est placée dans des entreprises qui se consacrent aux énergies renouvelables. La Norvège pourrait contribuer à l’objectif de l’UE d’atteindre une part de 20 % d’énergie renouvelable d’ici à 2020 en exportant davantage de son énergie verte vers l’Europe. »

La Norvège doit sa prospérité économique à ses gisements d’hydrocarbures (3e exportateur mondial de gaz naturel) qui génèrent 35% de ses exportations. Avec 11,6 tonnes de CO2eq par habitant en 2010, la Norvège est l’un des 20 pays les plus émetteurs de CO2 au monde. À titre de comparaison, la France qui ne fait pas partie des 6 pays les plus vertueux, est à 5,6 tonnes de CO2eq par habitant en 2010.

Le modèle norvégien n’en est peut-être pas un, de modèle.

Le Costa Rica

« Le gouvernement s’est fixé pour objectif d’atteindre une économie sans émissions de gaz à effet de serre d’ici 2021 misant uniquement sur les énergies renouvelables. »

Pour l’heure, près de 50% de l’énergie utilisée au Costa Rica provient du pétrole et de ses dérivés (charbon, gaz naturel), soit un niveau très proche de celui de la France. Par ailleurs, la part des énergies renouvelables (+ nucléaire) ne cesse de baisser, passant de 9,5 à 8,5% de la production entre 2005 et 2012, tandis que la consommation de produits pétroliers augmente et que les combustibles renouvelables stagnent à 10%.

Il va falloir pédaler très fort pour atteindre l’objectif.

Le Brésil

« Le Brésil est le pays industrialisé utilisant le plus d’énergies renouvelables, le nucléaire et le fossile ne représentent que 11,8%, alors que la moyenne des pays industrialisés est de 87% »

Alors que la part du nucléaire et des énergies alternatives du Brésil stagne à 8%, la part des combustibles renouvelable (biomasse) connaît une baisse ces dernières années (de 31 à 27% de 2009 à 2012) tandis que celle des énergies fossiles explose en passant de 51% de l’énergie consommée en 2009 à 57% en 2012 (aux environs de 40% pour le seul pétrole). Enfin, si les émissions de CO2 restent faibles, elles sont en constante progression.

Son biotope est menacé : les forêts amazoniennes, puits de carbone, sont massacrées à cause de l’élevage ou la culture de la canne à sucre, dont la moitié de la production est destinée à la production de carburant.

Par ailleurs, le Brésil contient les plus grandes réserves de pétroles jamais découvertes. Il est aujourd’hui le 8e producteur de pétrole au monde.

Du beau développement durable qui envoie du rêve.

L’Uruguay

« Le but que se donne l’Uruguay est de taille : l’indépendance énergétique pour 2030. »

L’Uruguay est le seul pays de la liste pour lequel une source est fournie : il s’agit d’un site dépendant d’EDF qui reprend une étude du WWF. Pour atteindre son but, le pays construit des éoliennes qui devraient fournir 30% de ses besoins en électricité dès 2016. Ceci n’est possible que par la présence de la prédominance de l’hydroélectricité qui joue le rôle de « tampon » de l’intermittence des éoliennes. Le modèle choisi par le pays est ambitieux, mais la volonté politique qui porte le projet semble suivie par les investisseurs. Pourquoi pas ?

Vertueux ?

Des 6 pays « conscients des risques d’une dépendance excessive aux énergies fossiles » qui « ont amorcé leur transition énergétique depuis plusieurs années« , il en est un dont les performances sont loin d’être exceptionnelles après 60 ans de développement des énergies renouvelables, deux font partie des principaux producteurs de pétrole et de gaz dont l’un est l’un des 20 plus gros émetteur de CO2 par habitant de la planète et l’autre qui détruit son environnement, un des pays les plus pauvres de la planète qui s’est engagé à le rester, un pays dont la part du pétrole dans le mix énergétique ne cesse d’augmenter et un 6e qui semble avoir réellement pris le tournant de la transition énergétique.

La question ne se pose donc pas sur l’intention de développer les énergies renouvelables, mais bien sur la capacité et la volonté de ces pays de détruire leur modèle économique : la Norvège et le Brésil vont-ils renoncer à l’exploitation du pétrole ? Le Brésil va-t-il renoncer à son agriculture intensive ? Le Costa Rica va-t-il renoncer au développement de son agriculture, de ses industries high-tech et du tourisme en renonçant aux infrastructures nécessaires ? La population éthiopienne va-t-elle renoncer à l’accès à l’électricité et l’eau courante, le pays va-t-il sacrifier son développement économique ? Rappelons que les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

Et la France qui ne fait jamais rien, justifiant la flagellation chronique que lui imposent  ses habitants ? Eh bien la France réduit bon an mal an sa dépendance aux énergies fossiles ainsi que ses émissions de CO2 par habitant. Sans être exceptionnels, ces résultats montrent une constance dans l’effort. 6e puissance mondiale, la France était classé 68e pays le plus émetteur en CO2 en 2011 à 5,2 tonnes CO2 par habitant des pays les plus émetteurs de CO2 , loin devant des pays considérés comme vertueux et acquis à la cause écologique tels que la Norvège (30e 9,2T CO2/hab), l’Allemagne (32e à 8,9T CO2/hab),  le Danemark (41e à 7,2T CO2/hab)  ou encore l’Islande (61e 5,9T CO2/hab).

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