Archives mensuelles : novembre 2014

Réponse à l’automobile club lorrain

L’histoire débute par un mail, par lequel la journaliste Corine Baret-Idatte m’indique qu’elle souhaiterait faire un dossier sur le cyclisme urbain nancéien à publier sur l’Est Républicain dans lequel un encart concernera le stationnement sur bandes cyclables, et plus particulièrement le hashtag #gougnafier sur Twitter. S’ensuit un échange qui aboutit, le 28 octobre dernier à la publication d’un article :

Twitter Des autos garées sur les bandes vélo, prises en photo
 #gougnafier le Nancéien !

Gare aux automobilistes sta­tionnés sur les bandes cycla­bles. Clic clac, des Nancéiens le prennent en photo ou en vidéo qu’ils postent sur Twit­ter avec le hashtag #gougna­fier. Une idée du cycliste nan­céien, Cédric Amey. La collection de clichés est impressionnante et même drôle. « Tout a débuté suite à des discussions entre cyclis­tes urbains en vue de se fédé­rer », explique Cédric, qui, grâce au hashtag, vient d’être contacté par un journaliste pour réaliser un reportage pour M6 sur le vélo en ville.  « Avec ce #gougnafier, on souhaite alerter les élus de Nancy et de la CUGN sur les problèmes de circulation à­ vélo. Le réseau cyclable  grand nancéien est une sorte d’alibi vert brandi à intervalles réguliers dans les pla­quettes de communication. Si les voies vertes et pistes in­tercommunales restent ex­cellentes, le réseau de bandes  cyclables n’est ni cohérent ni utilisable en l’état. » La plu­part des tweets sont adressés   à @VilledeNancy @lauren­thenart ou encore au Grand Nancy… Et quand une voitu­re de la mairie se trouve épin­glée sur une piste cyclable, les twittos se déchaînent !

La réponse parviendra de là où je ne l’attendais pas, et d’une manière qui m’a désagréablement surpris : l’Automobile Club Lorrain exerce un droit de réponse à cet article dès le lendemain :

Réaction au dossier vélo

Suite à la page sur le vélo en ville parue hier dans notre journal, l’Automobile Club Lorrain (ACL) réagit :

« L’article #gougnafier le Nancéien, a fait bondir les automobilistes qui, à leur tour, se plaignent du comportement de cyclistes circulant dans les rues.

En ville, il y a différents mode de déplacement : transports en commun, piétons, vélo et les VOITURES. Quoiqu’on en dise, l’automobiliste laisse beaucoup de taxes au cours de ses déplacements, (tarif du stationnement, taxes diverses carburants…) pour qu’on le « néglige » et qu’on le taxe de tous les maux ! Beaucoup d’automobilistes sont très nombreux à réagir sur le comportement des vélos.

Il n’existe qu’un code de la route et beaucoup d’automobilistes nous signalent des interprétations diverses et variées ». Circulation de nuit sans éclairage, sur les trottoirs, en sens interdit, non-respect des feux rouges, etc. L’ACL n’est là pour opposer les modes de déplacement entre eux, mais que chacun ait un comportement correct lors de ses déplacements, d’ailleurs l’ACL a programmé des enquêtes dans les prochains mois sur les conditions de circulation en ville.»

Je souhaiterais donc répondre à l’Automobile Club Lorrain.

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La loi du Talion…

D’abord, c’est vrai, le comportement des cyclistes n’est pas toujours exemplaire. Mais j’aimerais comprendre le cheminement intellectuel par lequel cela justifie l’appropriation du peu d’espace cyclable pour y stationner des automobiles ? Notons que l’argument a déjà été entendu lors de discussions avec ceux que je nomme les #gougnafiers.

… Et ses limites

La problématique que soulève le comportement des automobilistes de la vidéo est la suivante : afin de circuler dans le sens désiré, dans la rue prévue à cet effet et en présence de voitures sur la voie qui lui est normalement dédiée, le cycliste n’aura d’autre choix que de circuler sur le trottoir ou à contresens sur la chaussée.

Si le stationnement sur bande cyclable n’était qu’un phénomène rare, il ne constituerait en aucun cas un problème : on peut tous comprendre une circonstance exceptionnelle ou une urgence. Ce qui pose problème, c’est à la fois le nombre de véhicules concernés, l’absence de recherche d’une alternative par simple facilité ou habitude, et enfin l’agressivité du comportement.

Les questions que posent la position de L’Automobile Club Lorrain sont les suivantes : considère-t-il comme normale une situation où les automobilistes attendent qu’une place se libère pour pouvoir faire un créneau sur une voie normalement dédiée aux cyclistes ? Est-on encore dans une situation urgente ou exceptionnelle qui justifie ce comportement ? Est-il normal de préférer stationner sur une bande cyclable lorsque des places de stationnement normalisées sont libres à quelques mètres ? Est-il normal de couper la route à un cycliste circulant sur un contresens cyclable, pour y stationner juste devant lui ? En de telles situations, quelle attitude préconise l’Automobile Club Lorrain pour les cyclistes ? Circuler (parfois à contresens) sur la voirie dédiée aux voitures, circuler sur le trottoir, attendre que la situation s’améliore, terminer son trajet à pied ?

Payeur-emmerdeur

Le deuxième argument de l’Automobile Club Lorrain qui consiste à justifier le stationnement sur bande cyclable par le paiement de taxes me laisse pantois. Vus les impôts que je paie, je suppose que rien ne s’oppose à ce que je vole à l’étalage ?

Compréhension du problème

Par ailleurs, le rédacteur de l’Automobile Club Lorrain aura mal lu l’article de l’Est Républicain, qui précise clairement qu’il s’agit d’alerter les pouvoirs publics sur l’inefficacité des infrastructures cyclables nancéiennes du fait, entre autres, du comportement de certains automobilistes. Il ne s’agit pas, comme le laisse entendre le droit de réponse de l’Automobile Club Lorrain, de partir en croisade contre l’automobile en général, mais bien de cibler des comportements gênants, voire dangereux.

Je signale aimablement à l’Automobile Club Lorrain que je suis amateur de voitures, que j’en possède trois dont deux de collection, ce qui ne m’empêche pas de respecter autant que faire se peut les espaces dédiés aux autres usagers en fonction de mon mode de déplacement du moment, même si ces derniers ne sont pas toujours irréprochables. Mais qui peut prétendre l’être ?

Cédric Amey,
Automobiliste, cycliste et piéton.