Archives mensuelles : mars 2014

Il ne faut pas emmerder ma moitié

Banale et triste histoire que celle-ci : Je circule à vélo en compagnie de ma femme. Moi devant, elle derrière comme il se doit. Un automobiliste stationné sur un contresens cyclable m’impose un passage sur la chaussée sur laquelle circule une voiture. Pour montrer mon mécontentement, je pousse le rétroviseur à la main. Il nous poursuit sur quelques centaines de mètres, finit par rattraper ma femme qui a le bon sens de s’arrêter et la bouscule violemment. Voici la suite.


Agression par zerozeroced Merci encore à la jeune femme qui est intervenue.

La moralité de l’histoire, c’est que si tu circules à vélo, tu as tort. Cherche pas : c’est toi qui grille les feux, c’est toi qui prend les sens interdits, et c’est toi qui raye les voitures. Alors bon, vu ton comportement, tu peux quand-même pas te plaindre de la présence de voitures stationnées sur les bandes cyclables, hein.

Heureusement, les caméras de surveillances ont permis euh !  ben rien, elles n’ont rien permis. L’absence policière a eu le même effet : pas de policier pour verbaliser les conducteurs qui stationnent n’importe où, pas de policiers pour empêcher les agressions. Valérie Debord (Adjointe au maire de Nancy) me faisait cette remarque dernièrement :

Ce avec quoi je suis en désaccord : la ville est pleinement responsable des aménagements qu’elle conçoit, lesquels favorisent le stationnement sauvage. Par ailleurs, si l’incivisme des automobilistes atteint des sommets avec une escalade de l’insulte et la violence, c’est à cause de l’impunité totale dont bénéficient ceux que j’appelle les gougnafiers. Ça ne fait jamais qu’une dizaine d’années que les cyclistes dénoncent à la fois les incivilités des automobilistes et l’incohérence des aménagements cyclables, notamment par le biais du Vélorution, et que la ville de Nancy fait la sourde oreille tout en publiant moult articles dithyrambiques à la gloire du réseau cyclable ou de sa politique de déplacements urbains. Aujourd’hui, la situation est intenable, le réseau cyclable est impraticable et la violence gagne de plus en plus les automobilistes inciviques qui s’estiment dans leur bon droit et avec lesquels il est devenu impossible de dialoguer.

Voici quelques photos prises le même jour, sur les quelques centaines de mètres de bandes cyclables empruntées :

Les zones 20, pour un meilleur partage de la chaussée ?

C’est une discussion sur Twitter avec Valérie Debord, Adjointe au maire de Nancy Vice-présidente du CCAS de Nancy Déléguée générale adjointe de l’UMP, qui m’a incité à faire une vidéo illustrant le bien fondé des « zones de partage » .

Tout commence par un tweet de Mme Debord selon lequel elle et son équipe estiment que « la voiture n’est pas une ennemie » au sens où le candidat PS aurait la volonté d’éradiquer la voiture en ville. Je lui rappelle alors que les déplacements à Nancy sont une catastrophe quel que soit le mode de transport utilisé, que les bandes cyclables sont un substitut aux places de stationnement, que la circulation en voiture est un enfer, et que les zones piétonnes sont inexistantes.

S’ensuit cette discussion :

Voici donc une illustration du partage de la chaussée selon les concepts du XXIe siècle mis en avant par les élus de Nancy :


Nancy, place des Vosges : une zone de partage… par zerozeroced

Il se peut que les riverains soient satisfaits selon les critères mis en avant par la municipalité (même si, du fait des travaux destinés à les sauvegarder, certains commerçants ont dû cesser plus ou moins définitivement leur activité), mais les conditions de circulation entre le « avant » et le « après » amènagement de la place des Vosges ne me semble pas avoir évolué de manière significative : le stationnement et la vitesse pratiqués par les véhicules n’ont pas vraiment changé et l’absence de passages protégés tend à rendre l’automobiliste encore plus prioritaire et « dans son droit » qu’avant. Il ne fait d’ailleurs globalement pas attention aux piétons susceptibles de traverser derrière un bus, considère globalement le piéton sur la chaussée comme un gêneur et l’absence de marquage au sol lui permet de passer comme et où il l’entend, engendrant par exemple des dépassements de cyclistes pour le moins sportifs. Les chauffeurs de bus doivent quant à eux redoubler d’attention, et les cyclistes restent embourbés dans une circulation automobile un peu plus bordélique qu’ailleurs : bel exemple d’aménagement des voies de circulation à la nancéienne où tous les usagers, quel que soit leur mode de locomotion, sortent perdants (voir à ce sujet l’aménagement des voies de bus cyclables).

Le partage de la chaussée est sans doute une jolie chose sur le papier, mais l’usage démontre qu’il est utopique de faire circuler sur une même voie des véhicules pesant de 1 à 20 tonnes conçus pour circuler rapidement, et des piétons ou des cyclistes, par nature lents et fragiles.

Comment peut-on justifier l’incapacité de proposer une cohabitation piétons/cyclistes sur de larges trottoirs (rue Saint-Georges/Saint-Jean par exemple qui, il est vrai sont dédiés au stationnement sauvage) pour des raisons de sécurité, l’incapacité de proposer une cohabitation vélo/tram sur les itinéraires de ce dernier pour les mêmes raisons alors que la loi LAURE l’impose, et parvenir à justifier la cohabitation des piétons, cyclistes, automobilistes et transports en commun pour leur sécurité à tous ?

Alors que l’on installe des feux de jours sur les véhicules français au pretexte qu’en Suède où ils sont obligatoires, le bilan de sécurité routière est meilleur qu’en France (sans s’interroger sur la pertinence de la mesure au regard des spécificités géographiques), il n’est pas question d’étudier l’efficacité de la mesure suédoise consistant à séparer les usagers en fonction du moyen de locomotion autant que faire se peut . Mais c’est vrai : la séparation des usagers, c’est so 80’s…