La verbalisation systématique des cyclistes est-elle une réponse adaptée ?

À l’issue d’une période de test dans l’agglomération strasbourgeoise et faisant suite à une étude Opinionway financée par des assureurs assurant que les cyclistes se sentent en totale impunité, le CNSR compte étendre la verbalisation systématique des cyclistes en infraction à tout le territoire français. Ce sont l’augmentation du nombre de cyclistes tués en 2014 (+6% par rapport à 2013) et la baisse spectaculaire de l’accidentologie à Strasbourg (-37%) qui seraient à l’origine de cette décision.

Bien que tout le monde s’accorde sur la nécessité de diminuer la sinistralité routière, la méthode employée à l’égard des cyclistes fleure bon le populisme : L’argumentation s’appuie sur le comportement supposé des cyclistes dans leur ensemble et ne peut que recueillir l’assentiment de la population. En effet, qui n’a jamais vu un cycliste enfreindre un quelconque règlement du code de la route, ni n’a été agacé par certains comportements ?

Il me semble utile de rappeler qu’à l’instar du piéton, le cycliste est un usager fragile. Ainsi le professeur Got, spécialiste de sécurité routière, publie-t-il une étude recençant 385 accidents mortels impliquant des cyclistes. Seuls 11 accidents ont pour conséquence le décès d’un autre usager que les cyclistes impliqués, dont 3 piétons et 1 passager d’automobile. Les 374 autres accidents ont provoqué le décès des cyclistes concernés, victimes de véhicules motorisés ou de leur propre comportement. Selon le bilan de sécurité routière 2013, la responsabilité des cyclistes n’est engagée que dans 30% des accidents où ils sont impliqués, et 2/3 de ces accidents ont lieu en rase campagne. L’image du cycliste tueur en série en prend un coup !

Par ailleurs, le choix de la ville de Strasbourg pour expérimenter la verbalisation n’est pas anodin. Ville pilote en matière de cyclisme urbain, son organisation s’inspire du modèle allemand : un centre ville piéton autour duquel s’articule un réseau cyclable dense et cohérent. Forte de 560 km de voies cyclables, elle propose le 1er réseau de vélo de France. Sa conception repose sur la convivialité,  l’efficacité, la fiabilité, la lisibilité et la sécurité. Ainsi, le réseau garantit-il une vitesse moyenne de 20 km/h et bénéficie-t-il d’aménagements spécifiques dans les carrefours. Il en résulte que l’organisation même du plan de déplacement urbain intègre le vélo comme moyen de déplacement utilitaire et adapte les infrastructures à ce dernier.

Or, c’est là que le bât blesse. La plupart des villes françaises ne disposent pas d’infrastructures cyclables dignes de ce nom, ni n’intègrent le vélo comme moyen de déplacement utilitaire. Réduits à la portion congrue, les cyclistes n’ont d’autre solution que de composer avec ces dernières.

Je ne demande pas mieux que de respecter le code de la route. Mais celui-ci a été conçu pour les automobiles. Habitant à Nancy, les infrastructures, elles, y ont été conçues pour les automobiles et (un peu) les piétons. Le peu d’infrastructures cyclables existantes sont incomplètes, incohérentes et intégralement squattées par des automobilistes qui en interdisent l’usage, ce que je dénonce depuis des années auprès de la municipalité via un tumblr, sur ce blog ou Twitter sans que cela n’engendre quelque réaction que ce soit.

Quelques exemples

Le tram

La communauté urbaine du Grand Nancy a conçu un tramway sur pneus en 2001. Elle était théoriquement obligée de concevoir un itinéraire cyclable le long du tracé. Elle n’en a rien fait. Selon la volonté du maire, les cyclistes ne sont pas les bienvenus sur les voies du tram, ni sur les trottoirs qui le longent. Si un cycliste emprunte l’unique voie dédiée aux voitures, voici ce qu’il se passe :

Dès lors, en l’absence de voie cyclable, en l’absence d’autorisation de circuler sur le trottoir, et face aux dépassements des automobilistes qui mordent sur la voie du tram pour doubler les cyclistes jugés trop lents, au risque de faire de ces derniers une variable d’ajustement ou de les percuter par l’arrière, ne vaut-il pas mieux que les cyclistes circulent sur la voie du tram ?

 Les carrefours

Les quelques pistes cyclables en site propre praticables à vélo se sont vues pourvoir d’une signalisation adaptée en certains points (c’est loin d’être systématique). Voici une traversée du carrefour du parc des expositions à vélo en respectant cette signalisation :

Résultat, près de 5 minutes. Je n’ai jamais mis plus d’une poignée de secondes pour le faire en voiture. Dès lors, comment s’étonner que ni les piétons ni les cyclistes ne respectent cette signalisation ?

 Les infrastructures cyclables

Mon quotidien, ce sont les voitures stationnées sur les bandes cyclables, et plus particulièrement sur les contresens. L’autre problème concerne les contresens inadaptés parce que trop étroits et dangereux, malgré des trottoirs disproportionnés.

Que préconisent les représentants de la loi dans de tels cas : le cycliste mord en sens interdit sur la voie des voitures, le cycliste circule sur le trottoir, le cycliste descend de son vélo et continue à pied ? Je signale à tout hasard que si la dernière option est retenue, ça ne sert plus à rien de s’encombrer d’un vélo…

Ajoutez à cela des indications absconses, l’impossibilité de rejoindre facilement un itinéraire cyclable sans emprunter un trottoir ou des équipement inadaptés, et vous vous demanderez comme moi comment circuler à vélo en respectant le code de la route.

Sanction

Que l’on sanctionne les cyclistes qui enfreignent la loi de manière dangereuse ou qui ne respectent pas les infrastructures qui leur sont dédiées lorsqu’elles existent, ou qui ne respectent pas les règles de sécurité élémentaires (éclairage…) ne me dérange pas. Je trouve cela souhaitable. Mais que l’on cesse de pointer du doigt des cyclistes qui ne font que composer avec des infrastructures qui ne leur sont pas dédiées, et donc ne sont pas adaptées à ce mode de déplacement.

Commençons par sanctionner les villes aux infrastructures inadaptées. Bref, commençons par reconnaître le vélo comme mode de déplacement urbain.

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