Adunblock, une mauvaise réponse à un problème mal posé

Du génocide de la publicité sur les internets

Amis webmasters, vous qui appuyez votre modèle économique sur la publicité, permettez-moi de vous parler de la guerre que vous déclarez aux bloqueurs de publicités, vue par l’utilisateur que je suis.

Au tout début était le popup. Idée géniale permettant d’ouvrir de nouvelles fenêtres sans action de la part de l’internaute, basée sur un nouveau langage permettant d’animer les pages web : Javascript.

Nous sommes à l’aube du XXIe siècle lorsqu’un modèle économique simple et pérenne se développe sur cette technologie. Ainsi vinrent LES popups et, histoire de surprendre les victimes internautes jusqu’au bout, les pop-unders. Fenêtres que devaient fermer les internautes (avec confirmation parfois souvent), lesquels tentèrent tant bien que mal de se défendre à l’aide d’anti-popups plus ou moins efficaces.

Le premier génocide des publicitaires et leurs affiliés débuta en 2005, avec l’arrivée conjointe d’Internet Explorer 6 SP2 et de Firefox, tout deux affublés d’un anti-popup intégré à l’efficacité redoutable. Ne souhaitant pas remettre en cause leur modèle économique, les publicitaires cherchèrent avec plus ou moins de bonheur, à contourner ces systèmes mis en place par défaut sur les nouveaux navigateurs. Et moururent. Euh ben non en fait : ils ont juste chouiné un peu sur le comportement peu civique des internautes qui allait, pour sûr, tuer le web. Et ils se sont adaptés.

Quand l’Histoire des internets a des hoquets

L’avènement de nouvelles technologies basées sur Javascript et sur le web dynamique (à l’aide de l’évolution de HTML, CSS, Javascript, les requêtes « AJAX », Flash, et leur support par les navigateurs) et la généralisation de l’ADSL, permettait déjà aux régies de pub  d’afficher du contenu dynamique à même la page, parfois en surimpression du site visité, avec machins multimédia particulièrement pénibles. Parmi mes préférés, il y a la vidéo qui démarre automatiquement en faisant un barrouf de tous les diables sans prévenir, situation d’autant plus drôle lorsqu’elle émane d’un des 18 onglets ouverts, si possible au boulot.

C’est l’agressivité même envers l’internaute, la même qui a généralisé l’emploi des anti-popups, qui est à l’origine de l’avènement des bloqueurs de publicités et autres contenus flash, pas la publicité en elle-même à laquelle tout un chacun est habitué sur d’autres supports. Le succès des systèmes anti-pub auprès des internautes est du seul fait de ceux qui, par leurs abus répétés, ont contraint les gens à se défendre.

De l’inutilité de résister

L’inutile riposte des webmasters se multiplie ces derniers temps : messages d’avertissement, blocage du site, on sent la tension monter, mais aussi la course à l’armement s’accélérer : Adblock engendre une série de répliques telles qu’Adunblock qui affiche un message ou bloque l’accès au site, d’autres systèmes redirigent l’internaute vers une page éducative. Ces systèmes sont contrés sans difficulté par une multitudes de greffons tels Request Policy qui interdit les requêtes vers des sites tiers, ou par stylish qui, par le biais d’une modification des styles, permet de cacher certains éléments d’une page. Une dernière astuce consiste à faire passer son navigateur pour un bot.

empécher l'affichage de adunblock
« Stylish »  permet de modifier les styles CSS des sites. Ici, la fenêtre modale d’avertissement est rendue semi-transparente.

D’autres systèmes retournent une page d’information à l’intention des internautes :

Site qui bloque les internautes utilisant Adblock : je ne le visiterai donc pas, ne pourrai pas partager des liens vers ses articles.
notre-planete.info bloque les internautes utilisant Adblock : je ne le visiterai donc pas, n’en connaîtrai pas l’intérêt ni ne partagerai des liens vers ses articles : ce blocage n’offre aucune plus-value au site, tout en diminuant sa visibilité. Le contournement de protections de ce type est par ailleurs trivial.

Là où ces blocages confinent à la débilité, c’est lorsqu’ils touchent des sites de commerce en ligne : il m’est par exemple impossible de commander sur le site Eveil et jeux. S’ils ne veulent pas vendre, qui suis-je pour insister ?

Oui, mais sur mon site, la publicité affichée est « soft ». Alors, tu peux l’afficher juste pour mon site s’teuplé ?

Sauf que oui, mais non.

On parlait d’abus un peu plus haut. Ce n’est pas fini : Parallèlement à ce qui précède, les marketeux ont développé des technologies dites de « tracking » , que l’on retrouve chez les publicitaires, les sites à gros trafic comme les réseaux sociaux, ou les sites de statistiques (Google Analytics, XITI…). Ce tracking est destiné à déterminer le profil de l’internaute pour lui envoyer de la publicité ciblée : ainsi la pub affichée ne dépend plus de la thématique du site, mais bien du profil de l’internaute.

Moi, je m’en fous, je n’ai rien à cacher

Moi non plus. Mais je distingue ce que je considère comme ma sphère privée, qui ne regarde que moi ou mes proches, de ma vie publique pour laquelle j’accepte de dévoiler certains aspects de ma personnalité ou de ma vie. Facebook a toutes les chances de vous connaître, peut-être même votre visage même si vous n’y êtes pas abonné, Apple a vos empreintes digitales et Androïd devrait probablement bientôt enregistrer vos empreintes rétiniennes Ces deux dernières entreprises savent où vous étiez, quels que soit le jour ou l’heure grâce à votre téléphone. Google commercialise des lunettes connectées qui espionneront vos faits et gestes en permanence, développe actuellement des outils de diagnostics médicaux connectés, Microsoft a déposé un brevet destiné à compter les personnes qui regardent la télé par le biais de leur caméra kinect. Ajoutez-y la reconnaissance faciale déjà active chez Facebook… Tous ces outils sont capables de dresser un profil de votre santé, vos loisirs, vos penchants sexuels ou religieux.

Google, pour ne prendre que cet exemple, exploite à la fois vos recherches par le biais de son moteur, vos goûts musicaux et en matière de vidéo via Youtube et ses services de musique, vos prochains achats par le biais de son service shopping, d’adsense ou d’analytics, vos correspondants (et ce que vous leur dites) par le biais de Gmail, l’agenda ou d’autres services. Il sait où et quand vous vous déplacez, à qui vous téléphonez grâce à son système Androïd. Pour peu que vous utilisiez Chrome tellement plus rapide (essayez Firefox avec Adblock, ça revient au même), il connaît même les pages exemptes de trackers que vous visitez. Son nouveau système d’identification unique lui permet de recouper ensuite toutes ces informations : Google connaît la destination de votre prochain voyage avant même que vous n’y ayiez pensé, sait si vous trompez votre conjoint, avec qui, quand et comment. Il sait où vous travaillez et probablement dans quelle branche.

Un mien collègue s’est vu proposé « aller au travail » par le GPS de son téléphone Androïd, alors même qu’il n’avait jamais déclaré son lieu de travail sur ce dernier : sa simple position géographique corrélée à des horaires a permis aux trackers de Google de déterminer « maison » et « travail » .

Tout ça pour vendre de la publicité ciblée.

Et savez-vous ce qu’ils en font et à qui ils les revendent ? Moi non plus, et cela m’inquiète : qui vous certifie que votre profil médical ou fiscal resteront confidentiel ? Ce que vous refuseriez de donner à un État en l’estimant, à juste titre, totalitaire, vous le donnez sans vous poser de questions quant aux tenants et aboutissants aux publicitaires (et aussi à l’État étazunien).

Last but not least

Depuis que j’ai disparu des radars des publicitaires, je ne reçois plus de mails non sollicités émanant de sociétés françaises que je ne connais pas, indiquent m’écrire suite au partenariat avec je ne sais qui  et qui me demandent de me désinscrire de leur liste pour ne plus être importuné : il n’y a plus de croisement de données, donc plus de spams.

Par ailleurs, le chargement des pages web est beaucoup plus rapide une fois les requêtes expurgées de tout le superflu : c’est très sensible sur les connexions un peu lentes.

Oui mais… Beaucoup de sites vont mourir sans publicité !

Vos visiteurs sont vos produits, pas vos clients. Déclarer la guerre à ses produits n’a aucun sens. Si votre modèle économique ne fonctionne pas, il est mauvais. Vos produits ne sont pas responsables de vos choix stratégiques ni n’ont aucune obligation de télécharger l’intégralité du contenu que vous proposez sur vos pages. Ce n’est pas en les admonestant comme des gosses mal élevés que votre modèle économique deviendra meilleur.

Restent deux possibilités : ou le nombre d’internautes visitant votre site et utilisant Adblock est négligeable et il n’y a aucune raison de leur déclarer la guerre, ou ce nombre devient trop important, et il va falloir réfléchir à un nouveau modèle économique.

Soyons clair : pour la plupart des sites, il sera difficile voire impossible de transformer leurs produits en clients par le biais du modèle payant traditionnel (par abonnement mensuel ou annuel) : ce modèle convient à des sites à forte valeur ajoutée, pas à des sites dont le contenu n’est pas assez exclusif pour justifier un abonnement : l’offre est pléthorique et l’information souvent redondante, c’est le principe du web.

Je suis personnellement abonné à l’excellentissime Arrêt sur Images ainsi qu’à PCInpact pour son contenu rédactionnel et l’absence de publicités pour ses abonnés. Je tenterais bien MediaPart si la procédure de résiliation n’était pas aussi compliquée. Et ça n’ira pas beaucoup plus loin.

Une solution serait de s’orienter vers un système mutualisé de micro-paiement, lequel permettrait de laisser le choix aux internautes entre une visite gratuite avec pub ou le paiement de quelques dixièmes de centimes à quelques centimes par article ou session de xx minutes (compensant en gros, l’équivalent de l’apport publicitaire), par le biais d’un porte-monnaie électronique. Des sommes absolument indolores, prélevées plus ou moins automatiquement à partir d’un portail unique pour l’ensemble des sites concernés.

C’est, à mon sens et en l’absence de toute forme de déontologie dans le milieu publicitaire, la seule porte de sortie. Mais je peux me tromper.

4 réflexions au sujet de « Adunblock, une mauvaise réponse à un problème mal posé »

  1. Jean-philippe

    La solution que tu proposes en fin d’article est prévu dans un futur proche pour AdUnblock. Malgré ça, et tu sembles en être conscient, les internautes prêt à payer un montant même faible sont largement minoritaires. Tout le monde n’est pas au fait comme toi de ces problématiques de monétisation des sites et on se retrouve donc très souvent avec des discours violents du style « je bloque, si t’es pas content crève » …

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  2. Sam

    Bon la personne qui a écrit cet article, on redescend sur Terre d’accord ?

    Premièrement, comme l’a dit Jean-Philippe, les internautes souhaitant passer au porte-feuille (même 5 centimes) sont moins de 0,5% du traffic d’un site moyen je dirais (un peu d’exclu, un peu de redondance).

    Deuxièmement, et cela s’est prouvé même dans les jeux indés où les gens pouvaient payés ce qu’ils voulaient (même 1 centime), personne ne va payer si ils ont juste à installer un software gratuit à installer (que je trouve scandaleux et même infiniment inconscient…quand c’est notre source de revenu, qu’on a investi, qu’on a des impôts a payer, un loyer, une famille…MERDE on ne peut pas tout accepter non plus !).

    Troisièmement, les mineurs qui n’ont pas de C.B et qui constituent – comme sur mon site par exemple – 80% du traffic, vous en faites quoi ? Sachant que justement, c’est peut-être -je trouve- les plus gros utilisateurs d’Adblock (environ 35% sur mon site, pour juste 3 bannières adsense discrètes, 0 pop-up, under, et compagnie, aucuns sons non plus).

    Et enfin je vais terminer là dessus. Si tout le monde utilise adblock soit disant parce qu’ils en ont marre de se faire envahir de popup et compagnie…Et mon cul c’est du poulet ? C’est parce que tout le monde a trop trainé sur des sites de cul, de téléchargement illégal etc… Tous les plus gros sites web francophones ne possèdent pas ce genre de pubs hein !

    Merde, arrêtez de confondre Google Adsense avec vos régies barbares !

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    1. 00ced Auteur de l’article

      Bonsoir,

      Tout d’abord, avant de répondre sous le coup de l’émotion, mieux vaut lire l’ensemble de l’article : vous y auriez trouvé à la fois des confirmations à ce que vous écrivez, mais aussi des précisions. Par ailleurs, je vous explique juste pourquoi et comment votre modèle économique est dépassé. Vous semblez d’accord avec ce constat, et votre amertume ne fait pas de moi un rêveur…

      Pour vous répondre dans l’ordre, je suis d’accord avec votre premièrement. C’est même la conclusion de mon article. Il se trouve qu’Adunblock propose un nouveau service basé sur Flattr (c’est nouveau, ça n’existait pas lorsque j’ai rédigé mon article et c’est ce qu’indique Jean-Philippe), ce qui me semble une excellente idée dans le sens où l’on propose une alternative à l’internaute plutôt qu’un blocage bête et méchant qu’il cherchera à contourner ou qui le fera fuir. Je m’explique : lorsque le coût et le moyen de paiement deviennent acceptables et moins contraignants que le contournement du blocage par des mesures techniques, alors une certaine proportion de gens préfère payer, soit par simple fainéantise (c’est ce sur quoi comptent des sites de téléchargement tels que feu MegaUpload par la multiplication de manipulations pour arriver à ses fins, ce qui est acceptable lorsqu’on utilise occasionnellement le service, mais devient rapidement casse-pied lorsqu’on est utilisateur régulier), soit par éthique (c’est ainsi que certains préfèrent acheter des produits plus chers mais qui permettent une juste rémunération des producteurs (café, etc.), ce qui passe par la communication et la sensibilisation). Mais pour fonctionner, il faut un nombre suffisant de sites utilisant un blocage (masse critique), pour gêner régulièrement l’internaute et l’inciter à s’inscrire au service de micro-paiement.

      Pour le deuxièmement, je ne suis pas d’accord. PC Inpact, par exemple, a bien compris la problématique. Après avoir dialogué avec les utilisateurs d’Adblock, ils ont remarquablement bien communiqué sur leur démarche et sur leur conception de l’abonnement payant : gratuit avec pub, payant sans aucune pub ni tracker ET contenu supplémentaire. Ce site a la particularité d’offrir un contenu exclusif de qualité, e ce type d’abonnements n’est évidemment pas généralisable. Flattr me semble donc une bonne réponse pour tout un chacun. Couplé à Adunblock, ça me semble être un bon deal.

      En ce qui concerne votre troisième point, comme je l’explique dans mon article, si votre modèle économique ne fonctionne pas, c’est lui qu’il convient de modifier.

      Enfin, pour votre conclusion, que vous trouviez ça trop injuste et que vos malheurs soient causés par des gens qui ne font qu’à aller sur des sites infréquentables ne change rien au constat : les internautes utilisent de plus en plus adblock. C’est juste un fait. Et si vous aviez lu l’article, vous sauriez pourquoi les gens utilisent Adblock, en vrai. Vous utilisez semble-t-il Adsense, c’est à dire Google, l’un des pires sites de tracking. Comme vous le dites si bien, merde, on ne peut pas tout accepter non plus. Enlevez vos œillères.

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  3. ToTo

    Moi je dis y en a marre de la pub, un point c’est tout. J’en ai lu qui disent qu’il faut traîner sur des sites porno ou underground pour être envahi ? Non Exemple concret Gamergen qui utilise adunblock, désactivez et c’est des popup iframe en plein milieu de l’écran etc … J’ai même vu des pubs non adaptées au public visé par le site. Donc faire un site juste pour faire du fric non et surtout choisissez bien vos partenaire pub !

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