Archives mensuelles : août 2013

Plus d’un tiers des Français sont climato-sceptiques…

L’information, qui émane du Baromètre d’opinion sur l’énergie et le climat en 2013 publié par le Commissariat général au développement durable (CGDD) est reprise en choeur par la plupart des grands sites web de presse ici, ou encore . Seul Le Point considère que 4 français sur 5 croient au réchauffement climatique.

… Mais rassurez-vous, les climato-sceptiques ne sont pas « normaux » : ce sont des vieux non-diplômés qui soutiennent le nucléaire. Bref, les climato-sceptiques sont séniles, n’ont aucun bagage scientifique ni aucune capacité d’analyse, et sont prêts à soutenir n’importe quelle thèse sous l’influence du lobby nucléaire dont on sait qu’il est un fort émetteur de CO2 .Non, en fait, on ne sait pas pourquoi cette corrélation a été mise en avant, mais c’est sans doute très grave…

Cette étude donc, dont on ne connaît que partiellement la méthodologie (mais comme je suis statistiquement vieux, sénile, sans bagage universitaire ni capacité d’analyse et à la botte du lobby nucléaire, je ne sais même pas ce que signifie ce mot) rejoint en fait un peu celle relevée par Pierre Barthélémy à la méthodologie limpide, selon laquelle les climato-sceptiques sont des sortes de cinglés adeptes de théories du complot.

Voilà ce qu’il arrive lorsqu’on ne peut plus défendre une thèse politique sur les bases scientifiques qui l’ont portée : on tente de discréditer ses contradicteurs plutôt que de leur opposer des arguments valides.

Pour rappel, le graphique ci-dessous illustre le réchauffement climatique selon les modèles théoriques du GIEC représentés par les courbes (la grosse épaisse noire représentant le réchauffement le plus probable), et le réchauffement climatique avéré selon les mesures, représenté par les petits cercles et carrés, en bas. Tout en bas. Les instruments de mesures du climat sont donc vieux, séniles, ignares et à la botte du lobby nucléaire. En un mot, ils sont climato-sceptiques. Voilà voilà.

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Nancy : mobilité pour tous, qu’ils disaient…

Le numéro de juillet-août 2013 de « Grand Nancy Actu » propose un petit supplément  intitulé « la mobilité pour tous » . Il s’agit d’un vadémécum d’une dizaine de pages, un autostatisfecit béat à la gloire des échecs les plus cuisants de ces 15 dernières années en matière de déplacements urbains. À dévorer ad nauseam.

Les chiffres-clés du plan de déplacements urbains

Après un édito jargonant sur la nécessité, pour le travailleur, d’user d’intermodalité en multipliant les moyens de transports pour se déplacer en ville, un encart met en exergue les chiffres clé du déplacement urbain sur les 6 dernières années.

On notera la baisse du nombre de victimes de 44%, une augmentation de la fréquentation des transports en commun de 13% et une baisse du trafic dans les mêmes proportions. Mystérieusement, le trafic pénétrant, qui reste quand-même prépondérant, n’aurait baissé que de 4%. Si le bilan affiche un rare optimisme, le ressenti de l’usager que je suis, à la fois piéton, cycliste et plus rarement usager des transports en commun et automobiliste, reste plus réservé. Pourquoi ?

Les transports en commun

Les services de transports en commun ne permettent pas aux automobilistes venant des autoroutes d’Épinal/Lunéville, Toul ou Metz, de les emprunter : les lignes de TEC ne sont pas sur leur parcours et il n’existe pas de stationnement pour les accueillir. Concernant l’axe sud que je connais plus particulièrement, les automobilistes passant par le parc des expositions ou par le boulevard Lobau ne sont incités à aucun moment à emprunter les transports en commun : aucun arrêt avec (ou sans d’ailleurs) places de parking à l’appui, n’a été prévu dans le secteur.

Pire : la nouvelle ligne 2 qui passe pourtant non loin de là à Jarville-la-Malgrange, ne dispose ni ne disposera de parking relais à proximité des sorties de l’autoroute : le seul parking-relais prévu est à 3 km de là, à l’opposé du centre de Nancy au milieu de Laneuveville-devant-Nancy, et proposera 30 places dans un premier temps (90 à terme). Un terrain s’est pourtant libéré il y a quelque temps en face de la mairie de Jarville, à quelques centaines de mètres de l’autoroute et facilement accessible, mais on a préféré y construire des immeubles plutôt qu’un parking relais.

L’automobile, la pestiférée…

… que l’on n’ose pas bouter hors de la ville trop brutalement et que l’on préfère asphyxier à petit feu par le biais d’infrastructures ou d’entraves à la circulation (mais pas au stationnement sauvage).

Cependant, la CUGN aura beau détruire consciencieusement tout le système d’onde verte pour lequel elle a été précurseur dans les années 70 ou limiter le nombre de voies de circulation entrantes pour décourager les automobilistes qui viennent de l’extérieur, ils continueront de venir, de bouchonner et de polluer tant qu’ils n’auront aucune alternative.

Il y a encore une dizaine d’années, il était possible d’atteindre le centre de l’agglomération par les voies structurantes sans jamais s’arrêter à un feu rouge. J’ai souvenir du boulevard Lobau qui se négociait à la fin des années 1990, à 60-70 km/h en conservant le vert sur l’ensemble des carrefours traversés. Si ces vitesses ne sont plus souhaitables dans le contexte actuel, un moyen terme serait d’éviter les arrêts intempestifs à chaque feu, imposés par une désynchronisation savante de ces derniers pour des raisons dogmatiques qui ont pour principales conséquences d’exaspérer les conducteurs et de brûler d’énormes quantités de carburant en pure perte. Pour exemple, mon véhicule, une citadine essence, consommerait environ 3.5 l/100 km à vitesse stabilisée sur les 1.5 km du boulevard Lobau. Avec le système de feux actuel, et compte tenu d’une circulation fluide sur la même artère, le même véhicule consomme 10 l/100, soit 3 fois plus ! Pour 1000 véhicules répondant aux critères du parc moyen français, cela entraîne une surconsommation inutile de l’ordre de 100 litres, soit 245 kg de CO2 (si tant est que ce chiffre ait un sens). Nancy est traversée par 60 000 véhicules par jour ! Testez votre voiture et votre parcours et laissez-nous le résultat en commentaire.

Le vélo, l’alibi « vert »

Le réseau cyclable de la ville a bondi de 80% en 6 ans. Évidemment, le dépliant de la CUGN vante les itinéraires cyclables dont la surface croît de manière exponentielle. C’est oublier que le terme « itinéraire » est quelque peu usurpé, les bandes cyclables ayant la fâcheuse tendance à constituer un ensemble discontinu de tronçons plus ou moins bien signalés et ne permettant pas, par exemple, de rallier le sud de l’agglomération (Jarville, Heillecourt, Vandoeuvre-lès-Nancy par le parc des expositions ou toute voie parallèle) au centre ville.

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Véhicules de la mairie de Nancy à leur emplacement habituel sur le contresens cyclable devant des places de stationnement libres, rue Barrès. À admirer du lundi au vendredi, de midi à 13h hors congés du conducteur. Gratuit.

Le décret du 30 juillet 2008 permettant le contresens cyclable sur toute voie limitée à 30 km/h est une aubaine pour la CUGN : la limitation à 30 km/h, qui a le bon goût de répondre au Dogme anti-voitures-un-peu-mais-pas-trop, fleurit un peu partout avec son lot de contresens cyclables dûment décomptés en tant que réseau cyclable, alors qu’il ne s’agit pas d’aménagements à proprement parler mais de simple application de la loi : Ils constituent aujourd’hui 50% de l’augmentation du réseau sur les 6 dernières années avec 52 km « créés » depuis 3 ans. Notons que le tourne à droite faisant partie du « paquet vélo » facilitant la vie des cyclistes n’a pas été mis en place à Nancy, seule compte la vitrine « verte » .

Bande cyclable à Nancy

Sous ces voitures en stationnement, une bande cyclable permet aux cyclistes de circuler agréablement et en toute sécurité.

Le Dogme anti-voitures-un-peu-mais-pas-trop impose de limiter le nombre de voies ou de les rétrécir ? Un coup de peinture, et voilà une bande cyclable toute neuve. Peu importe qu’elle serve essentiellement au stationnement des voitures, peu importe  que l’ensemble soit incohérent, le but est juste d’annoncer un réseau cyclable de plusieurs centaines de kilomètres. Intégrer de vraies voies cyclables lors de la création d’une ligne de bus en site propre est trop onéreux ? Il suffit d’élargir la voie de bus de quelques dizaines de centimètres et de décréter la voie de bus cyclable : rien de plus agréable pour un cycliste que de se faire frôler par un engin de 20 tonnes, et pour un chauffeur de bus à « haute qualité de service » astreint par ses horaires que de ralentir à cause des cyclistes : voilà de quoi confronter la tolérance des uns et des autres.

Piste cyclable à Nancy

Piste cyclable, dont la fonction première reste évidemment le stationnement.

Habitant à quelques centaines de mètres d’un des points névralgiques de Nancy, le parc des Expositions, aucun itinéraire cyclable ne me permet d’aller vers le centre gare ou d’en revenir. L’un des itinéraires suit pourtant pour partie les voies du « tram » construit en 2001, pour lequel la CUGN était théoriquement obligée de construire une voie cyclable parallèle et indépendante : las, malgré des trottoirs démesurés et des places de stationnement de chaque côté de la chaussée imposant aux automobilistes de traverser les voies du tram sur lesquelles les cyclistes n’ont pas le droit de circuler, ces derniers se voient imposer de circuler sur la seule voie de circulation au milieu des automobilistes excédés par l’onde rouge décrite précédemment. Pour leur sécurité, évidemment.

Voie de bus cyclable, où bus et vélos sont censés se dépasser mutuellement agréablement et en toute sécurité

Voie de bus cyclable, où bus et vélos sont censés cohabiter agréablement et en toute sécurité

Grâce à un PDU qui se caractérise par son absence de zone piétonne, un réseau de bus inadapté pour qui n’habite pas à Nancy ou commune limitrophe, son dogme anti-voitures-un-peu-mais-pas-trop qui entraîne surconsommation et perte de temps, et son réseau cyclable inutilisable, la CUGN a réussi la prouesse de mécontenter tout le monde. Mais les indicateurs de satisfaction choisis par les représentants du Grand Nancy n’intègrent pas le ressenti de « tout le monde » et sont par conséquent tous au vert, eux. Et c’est bien là l’essentiel.