île de Ghoramara

En passe de devenir le nouveau symbole du réchauffement climatique avec les premiers (enfin) réfugiés climatique, elle est devenue célèbre notamment grâce à une (très belle) série de portraits  du photographe coréen DaeSung Lee, lauréate du Sony World Photography Awards 2013.

Le texte accompagnant ces clichés, repris quasiment in extenso par de nombreux sites, fait état de la disparition de cette île à cause de la montée des eaux des océans due au réchauffement climatique :

L’île de Ghoramara se situe à l’Ouest du delta du Bengale. Suite au réchauffement climatique et à l’élévation du niveau de la mer qui a débuté dans les années 60, le rivage de cette île est emporté, petit à petit, à chaque marée. Depuis les années 80, c’est plus de 50% du territoire de l’île qui a disparu et 2/3 de la population qui a dû quitter l’île.

Les 2 000 habitants de l’île sont pour la plupart des paysans ou des pêcheurs. Ils dépendent pour leur subsistance des ressources de l’île. D’ici 20 à 25 ans, le gouvernement indien pourrait décréter l’abandon de l’île. Un plan d’évacuation des habitants vers l’île de Sagar est déjà prêt. Pour autant, ce plan ne prévoit aucune indemnisation qui puisse aider les habitants à refaire leur vie.

Comme je suis curieux et que tout ça me paraît un peu étrange, je me suis amusé à googler pour trouver ce qu’était cette mystérieuse île en voie de disparition à cause de la montée des eaux.

Où se situe cette île ?

Première surprise, elle ne se situe pas en mer, mais dans le delta d’un défluent du Gange, la Hooghly.

Deuxième surprise, cette île n’est pas isolée : l’île de Sagar en aval, est celle vers laquelle les habitants de Ghoramara seraient évacués : il semble pour le moins étrange qu’une île proche, donc sans doute géologiquement similaire, plus près de la mer, ne souffre pas elle aussi de l’élévation du niveau des océans.

Il est donc permis de se demander comment la montée des eaux des océans peut expliquer la disparition d’une île fluviale située en amont d’une autre île qui ne semble pas touchée par le même phénomène.

Que montrent le photos ?

Extrait d'une photo de Daesung Lee

Extrait d’une photo de Daesung Lee : érosion de l’île

Indubitablement, les photos montrent une érosion des terres, avec des traces caractéristiques que l’on retrouve sans peine dans les méandres des rivières de plaine : les terres ne semblent donc pas passer sous le niveau de l’eau, mais simplement s’éroder.

Comment expliquer cette érosion ?

Une recherche « Hooghly barrage » mène directement au barrage de Farakka, le plus gros jamais construit sur le Gange, construit dans les années 60, et qui a passablement modifié le cours et le débit du fleuve, à tel point que la salinité pose des problèmes halieutiques, et par là même, l’accès aux poissons pour la population locale.

Alors ?

Il ne semble pas totalement déraisonnable d’attribuer au moins partiellement l’érosion de l’île à la modification profonde du comportement du fleuve dont elle dépend, par la raréfaction des alluvions, la disparition des crues ou la variation du débit qui avaient contribué à créer et consolider l’île.

Le travail de Daesung Lee, ostensiblement orienté, s’appuie semble-t-il sur une source unique, Greenpeace , qui a publié un article en 2006 mentionnant pour la première fois l’érosion de Ghoramara à cause de la hausse du niveau des océans. Cet article fut suivi de plusieurs rappels au fil du temps (2010 par exemple) et par des actions du WWF dès le début des années 2010, toujours sans le succès attendu pour une telle révélation.

L’unicité même de la source et l’orientation catastrophiste de cette dernière vis à vis du réchauffement climatique, devraient inciter tout bon journaliste à prendre l’information avec précaution. Par ailleurs, même si corrélation n’est pas causalité, la concomitance de la disparition de l’île et de la construction d’un barrage en amont mérite certainement que l’on s’y attarde. Enfin, la disparition des Sundarbans (mangroves) qui ont donné leur nom à ces îles, incite à penser que  l’arrachage de ces dernières et d’autres facteurs favorisant l’érosion pourraient également expliquer l’ampleur du phénomène.

Alors, les réfugiés de Ghoramara, réfugiés climatiques ou simplement réfugiés à cause de modifications incontrôlées du bassin de la Hooghly  ?

 

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